François Durif est artiste. Mais, au milieu des années 2000, après une longue période passée à travailler dans l’atelier de Thomas Hirschorn qui lui a donné le sentiment que son diplôme des Beaux-Arts ne le mènerait nulle part, il a exercé pendant quelques années le métier d’assistant funéraire. Soit, pour le dire plus familièrement, celui de croque-mort. Vide sanitaire est le récit de ces trois années passées à accompagner des corps, et leurs proches, de la chambre funéraire à la tombe.
Le sujet, forcément, fascine. François Durif le sait pour être devenu plus d’une fois le centre d’attention d’une soirée aussitôt après avoir révélé sa nouvelle occupation. Il n’en joue pas exagérément dans Vide sanitaire, qui contient un certain nombre d’anecdotes et de récits personnels mais sans s’aventurer sur des terrains trop scabreux, trop morbides ou trop lourds émotionnellement.
Durif a gardé de ses années d’assistant funéraire ce sens de la retenue que l’on sent à l’œuvre ici - un bon croque-mort, c’est celui qui sait à quel moment il est plus opportun de se taire. Il préfère muser sur le sens de nos rituels, sur ce que l’on fait de nos morts, en convoquant des artistes (Giacometti, Duchamp), des écrivains (Genet, Artaud, Ponge, Beckett), des penseurs de divers horizons (Ariès, Fédida, Horvilleur). En cela, Vide sanitaire est une belle réussite, de ces livres qui nourrissent et ouvrent des portes vers d’autres pensées. La forme du récit en revanche laisse un peu plus à désirer, le texte se présentant comme un discours à bâtons rompus prononcé lors d’une promenade-performance au Père Lachaise : une belle idée, à laquelle Durif ne se tient pas avec suffisamment de fermeté, comme s’il oubliait de temps en temps ce cadre qu’il s’est fixé, produisant des discours qui ne collent pas avec cette situation comme autant de fausses notes, avant de revenir à son idée de départ.