Le livre de Zacharie comprend deux parties: la première peut vraisemblablement être attribuée à son ministère, qui est de soutenir la restauration du Temple dirigée par Zorobabbel et le grand prêtre Josué; la seconde, plus tardive, est une collection d'oracles plus ou moins organisée.
Le livre de Zacharie entremêle passages narratifs en prose et passages poétiques, ce qui rend difficile son rattachement à un genre précis. Son originalité est de présenter une prédilection pour les visions symboliques à tendance apocalyptique, avec un goût plus prononcé pour les choix d'images hermétiques, qui feront la joie des exégètes et des illustrateurs de l'âge baroque: les chevaux de l'Apocalypse, les cornes représentant les Empires ennemis; le cordeau avec lequel on entreprend de mesurer Jérusalem; le grand prêtre Josué entre Satan et l'Ange de Iahvé qui le récuse; plusieurs allusions vraisemblables à la venue d'un futur Messie; le candélabre à sept branches et les deux oliviers; le rouleau volant; l'eyphâh qui contient la Méchanceté et qui est transférée à Babylone; le culte des Téraphim (Pénates divinatoires); les pasteurs folâtres, etc.
La force de ces images vient de ce qu'elles sont été maintes fois exploitées par la suite dans toutes sortes de contextes, mystiques, poétiques, occultistes, mais aussi de ce qu'elles sont ancrées dans des archétypes infra-conscients qui dépassent largement la culture judéo-chrétienne: les 4 chars de Iahvé ont des échos dans la mythologie antique, mais aussi dans le Tarot; le candélabre à sept branches est d'une richesse symbolique débordante, etc.
Beaucoup d'invocations sont placées sous l'autorité du "Iahvé des Armées" (Sabaoth), ce qui permet de convoquer des peuples ennemis à des combats fictifs avec les Juifs, d'où ces derniers sortiront définitivement vainqueurs, se convertiront à jamais à la Loi, et entraîneront à leur suite les autres peuples dans leur Foi.
Cette idée est nouvelle: l'universalité de la religion juive n'est pas une notion familière dans la Bible; jusque là, les Hébreux étaient le "peuple élu" par Iahvé qui était "un dieu jaloux"; que devient l' "élection" des Juifs si tout le monde se convertit ? Cette idée fonde une conception "catholique" ("universelle") de ce monothéisme, et, 500 ans plus tard, Saint Paul sera sommé d'en prendre acte pour décider d'ouvrir la religion des Juifs aux non-circoncis.
Encore une fois, le "Jour de Iahvé", à résonance apocalyptique, est bien évoqué (Chapitre XIV).
Les affinités baroques et hermétiques de ce texte, ses allusions au Messie et à l'universalité de la Foi, en font un texte fascinant et particulièrement moderne pour son temps, puisqu'il a été vécu de l'intérieur par les religieux et les mystiques, au bas mot jusqu'au XVIIIe siècle.