Ce livre est un premier roman, il mérite donc un peu d'indulgence. Écrit par une étudiante en lettres qui plus est, il mérite donc encore un petit peu plus d'indulgence. On lui accordera donc beaucoup d'indulgence.

Émilie Desvaux, au fil des presque deux cents pages de son ouvrage, nous narre le désarroi sentimental d'une bourgeoise coincée, dans son éducation de caste, et son immense propriété campagnarde. Veuve, elle ne partage ses pièces disposées savamment qu'avec la jeune cousine de feu son époux, qui a la particularité d'être aussi son amante.

Il y a quelques facilités dans ce livre. La rousse flamboyante, dont les sentiments de la narratrice à son égard oscillent entre dégoût, addiction et amour fou, s'appelle ... Marie-Jeanne. Difficile de faire moins subtil pour évoquer l'idée d'une dépendance narcotique et puissante. De même, le complexe d'Electre (oh, papa me fait sauter sur ses genoux et prend sa douche avec moi, et je tuerais bien maman), marronnier (au même titre que son pendant masculin et oedipal) des romans français contemporains, est gros comme la bâtisse qu'habite donc la narratrice. Ce parfum d'inceste, bon chic bon genre à force d'être usé jusqu'à la corde, est d'une lourdeur de titan à force d'être annoncé à grands coups de maladresses.

Rien de nouveau sous le soleil des passions donc. On a l'impression d'avoir déjà lu cent fois cette histoire de descente en enfer d'une bourgeoise bien sous tous les rapports, dont la mère sélectionne à peu près les partenaires sexuels. Dont l'ennui est le métronome balistique de journées interminables et oisives. L'autrice prend bien le soin de placer ses personnages (deux en fait) dans un cadre moderne (console de jeux vidéos, émissions de téléréalité ...), mais dans une perspective quelque peu hors-temps, hormis le rythme des saisons. Les heures se distendent, deviennent minutes, ou au contraire semaines, mois.

D'un français très correct (pour une étudiante en lettres), le style paraît quelque peu emprunté. Céline déclarait que le but de l'auteur était de faire en sorte que son travail n'affleure pas dans le récit, que les ficelles soient masqués. Ici, elles sont quelques peu sensibles. On retrouve des pièces rapportées d'autres auteurs (Céline un peu, Gide beaucoup). Pour autant, si les références crèvent les yeux, Desvaux a l'art de fluidifier son court volume. En organisant l'action en chapitres courts (même si l'on verrait plutôt là la griffe de l'éditeur). Sans toutefois de souci exacerbé de "twist". De même, l'affrontement latent entre la narratrice et sa Jézabel incendiaire. Un peu de cul, de ci, de là, on est entre gens post-révolution sexuelle, merde quoi !

L'idée que la narratrice s'exprime en direction de sa femme de ménage s'avère intéressante. Car c'est plus à une femme de ménage métaphysique que la maîtresse des lieux s'adresse, une personne chargée de nettoyer pas tant ses saletés matérielles, que de régler le sort de ses déjections morales. Idée poussée un peu trop loin. On manque là encore d'un peu de finesse.

On peut aussi s'interroger sur la portée autobiographie de ce livre. La narratrice si mystérieuse et un peu informe (on sait à peine qu'elle est fine, aux cheveux sombres), partage avec l'autrice les études littéraires, les gilets de laine (si l'on en croit la photo de couverture !) ... Elle est un peu plus âgée cependant. Projection dans l'avenir ?

Malgré son manque d'originalité, ce livre ne manque pas d'une certaine saveur, et, pourquoi pas, de charme. Coup d'essai, espérons que la jeune écrivaine saura transcender un style en construction pour sa deuxième production.
Pedro_Kantor
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le 5 mai 2011

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