Quoique je fasse, ma lecture croise toujours la route de Donald Westlake. Ça en devient presque embêtant. Jusqu'au jour où l'écrivain n'aura plus rien à raconter. Eh bien, pas de chance parce qu'il tente l'exercice avec Adios Schéhérazade et que c'est encore une fois savoureux.
Derrière les tribulations qui agitent Edwin Topliss, écrivain de romans porno en panne d'inspiration, il faut bien sûr y voir une réflexion métatextuelle dans laquelle Westlake décortique son travail et ses doutes. Connaissant bien le bonhomme (on parle du papa du braqueur maudit John Dortmunder), ça ne pouvait se faire qu'avec une bonne dose d'humour.
Ça fonctionne à plein tube, l'auteur autorisant son double-fictif à une série ininterrompue de digressions, parsemées de tentatives pour reprendre le fil (écrire son fichu 29ème bouquin cochon), elles-mêmes court-circuitées par de nouvelles digressions. Pour le titre, on pouvait difficilement faire plus parlant que Schéhérazade (personnage de conteuse dans Les Mille et une nuits)
De quoi parle-t-on alors ? De soi, de son mariage, de son boulot, de sa famille, de sa belle-famille, de ses échecs, de ses regrets...et bien sur de cul.
C'est un régal de voir l'un de ses auteurs favoris faire une "pause", éclater les frontières (adresses directes au lecteur, structure consciente et chaotique). Puis se livrer, car on peut sans mal gratter sous la surface et déceler l'analyse critique que Westlake fait de lui-même, derrière son malheureux héros. Force est de constater que l'auteur s'amuse comme un petit fou à brouiller les pistes avec son personnage principal. Tant mieux, le plaisir n'en est que plus grand.
Adios Schéhérazade ne parle de rien, mais en fait il brasse beaucoup de choses.
Adios Schéhérazade ne mène à rien,mais le voyage est souvent plus intéressant que la destination.
Peut-être le roman le plus anar de Donald Westlake.