Une découverte et même une double découverte. D'abord ce roman qui vaut largement le détour. Puis la troisième sœur dont je n'avais pas remarqué qu'elle aussi s'était confiée à sa plume.
Il doit y avoir un aspect génétique (ouh là, le gros mot !). Comme dans la musique où il existe des familles douées de musiciens et compositeurs sur plusieurs générations.
J'avais lu une critique sur SC qui avait attiré mon attention sur ce roman. Comme j'en parlais incidemment à ma fille qui aime bien aussi cette littérature anglaise (Austen, Brontë, etc .), un jour elle est revenue chez moi m'offrir le livre qu'elle ne connaissait pas non plus, en me disant qu'elle comptait bien me l'emprunter.
Soyons clairs, même si, grosso modo et vu d'avion, on reconnait une thématique proche de "Jane Eyre", le livre d'Anne ne peut rivaliser avec la merveille de Charlotte …qui a fait partie pendant très, très longtemps de mon Top 10 des livres et qui, aujourd'hui, n'est que dans le top 20 parce qu'il m'a fallu faire des choix épouvantables avec d'autres merveilles encore plus merveilleuses … Je sais bien que sur SC, rien n'interdit de mettre 50 livres dans le Top 10 mais moi, homme psychorigide et mal dégrossi, descendant en droite ligne du primate, je ne peux pas.
Mais pour revenir à nos moutons, le livre d'Anne Brontë a de sérieux atouts.
D'abord le style, tout aussi fluide et simple que d'autres livres des deux autres sœurs justement. Typiquement un livre que je pourrais lire en anglais sans trop d'efforts suite à mes expériences concluantes chez Austen et Charlotte Brontë.
Et puis j'aime cette modestie ou plutôt cette humilité qui s'écoulent des paroles d'Anne pour se répandre sur le personnage d'Agnès. On est si loin du XXI -ème siècle, on est dans un monde pétri de spiritualité et de religion où le sort réservé aux femmes est très corseté et assez peu enviable.
D'ailleurs, ce qui ressort du livre d'Anne Brontë, par rapport à "Jane Eyre", c'est un autre écho, une autre vérité des prix. Une description assez crue du métier de gouvernante, tirée de sa propre expérience.
Là, être gouvernante, parce qu'il faut bien travailler, c'est se farcir à longueur de journée des petits cons et des petites chipies (tendance salopes). Des enfants de grands bourgeois pourris gâtés qui méprisent souverainement leur gouvernante. Cette dernière, devenant une sorte de souffre-douleur, n'a pratiquement aucun droit sinon celui de se taire et d'encaisser (les rebuffades, les méchancetés).
Et puis, comme TOUJOURS dans ce genre de littérature, du fond des ténèbres, apparait une petite lueur d'espoir qui grandit lentement, lentement, avec des hauts et des bas, et qui ne se concrétisera que dans les deux dernières pages de ce livre de 275 pages qu'on lit presque d'une traite…
C'est très beau. C'est un livre dans lequel je me suis noyé avec délices.
Et maintenant, je pense en avoir dit assez.