Aliène nous entraîne dans les pérégrinations d'un personnage esseulé, perdu dans une campagne hostile — et l'écriture de Phoebe Hadjimarkos Clarke frappe d'emblée par son dynamisme et son efficacité. Un vrai talent, une voix qui va compter.
Cela dit, je suis resté sur ma faim, et j'ai eu du mal à aller au bout. Le format nouvelle m'aurait semblé plus adapté à cette matière.
De nombreux thèmes se juxtaposent — angoisse, chasse, masculinisme, transgénisme — sans parvenir à tisser un fil conducteur. L'effet de surprise passé, l'ennui s'installe et le lecteur décroche.
Renseignements pris, il s'agit d'un genre bien identifié appelé "rural noir" (ou "southern gothic"), où la campagne n'est pas le lieu d'un ressourcement ou d'un retour enchanté, mais source de secrets et de violences immémoriales. Depuis Twin Peaks et la saison 1 de True Detective, beaucoup de fictions se sont engagées dans cette veine. Phoebe reprend cette esthétique sombre en la mâtinant de queer, avec des jeunes femmes en recherche sexuelle sans trouver de réelle satisfaction. Le registre du corps est traité avec beaucoup d'ambivalence entre attirance et dégoût, chez les hommes autant que les animaux du livre. C'est là que le bât blesse : s'ennuyer ou se sentir mal à la campagne, pourquoi pas — mais l'accumulation de dégoûts et d'événements désagréables, faute de tension narrative pour les porter, finit par tourner à vide.