Tomi Ungerer choisit toujours ses personnages dans les marges (orphelins,
handicapés, brigands). Même les plus honnêtes sont pourchassés par la police (comme Jean de la Lune ou Rufus). Dans Allumette, il pousse sa démarche au paroxysme : "les mutilés, les estropiés, ceux qui avaient faim et froid, jeunes et vieux, les sans-travail, les sans-joie, les malades, les aveugles et les faibles d'esprit" surgissent "des quartiers sombres et humides" à la suite de la petite vendeuse d'allumettes qu'Andersen faisait crever de faim et de froid en pleine rue. Ungerer renverse le conte magnifique mais fataliste du Danois en insufflant un happy end radical et révolutionnaire. Yes futur!