American Rust a un goût d'Amérique.
Celle que connaissent bien tous les alcooliques anonymes.
Celui du bourbon frelaté qui reste dans la bouche après l'ultime gorgée.
Et qui ne demande qu'une unique chose : qu'on y retourne, qu'on se resserve, malgré les traces de saveur âcre que ce mauvais whisky a laissées.
American Rust a goût de l'Amérique des grands espaces.
Les trains wagons de London ou de Kerouac.
Les forêts salvatrices de Whitman ou de Kesey.
Car la compagnie des hommes qui y est mauvaise. Comme les abus de Jack Daniel's.
Que l'on soit à l'abri d'une mansarde abandonnée, dans la cour d'une prison ou sur un parking d'un bar, les hommes que l'on y rencontre sont inévitablement rudes, violents, avec des envies de meurtre.
Des hommes qui peuplent hélas en surnombre le roman, au risque et péril des protagonistes.
La dernière page tournée, il ne restera plus qu'à pleurer sur cette Amérique qui nous ressemble à bien des écarts.
Une économie qui ne fournit plus de travail bien payé.
Une société en déliquescence dont les repères évanescents ne permettent plus à la jeunesse ou même à la police d'identifier la frontière entre les valeurs humanistes et les comportements destructeurs.
Un livre magnifiquement bien écrit.
Dont le rythme des chapitres s'accélèrent au fur et à mesure des pérégrinations des uns, des adversités des autres.
Et qui ne demande qu'une seule chose.
Que l'on se resserve une gorgée de ce bourbon frelaté mais qui soulage tant.