Ce texte n'est pas une critique, plutôt une marque de respect, une infinie reconnaissance adressée à Russell Banks qui en janvier 2023 a rejoint les nuages du panthéon de la littérature américaine engagée, la vraie, celle d'un auteur qui toujours a mis à nu les marges, les dérives et les fractures des Etats-Unis d'Amérique.
Après son : " Oh, Canada " (2022), livre testament écrit comme une ultime lucidité de fin de vie, paraît en ce début d'année 2026 une oeuvre posthume :
"American spirits", et quelle belle surprise réconfortante et vivifiante de retrouver l'écriture de cet auteur qui réussit encore une fois a décaper le glauque, le sordide inquiétant de cette Amérique ankylosée par le "trumpisme".
Trois nouvelles qui s'entrecroisent, se mêlent et nous embarquent avec justesse dans cette Patrie fabriquée qui fête aujourd'hui ses 250 ans et que R.Banks a eu le temps de voir naître, grandir et se gangréner petit à petit dans un cauchemar, une gadoue grotesque.
Ses personnages ancrés dans une petite ville au nord de New-York roulent en SUV avec sur leur halo arrière le drapeau étoilé et sur leur casquette le sigle NAGA.
Ils sont en colère, se sentent incompris et floués dans leur droit de territoire et celui de porter une arme, bref nous voilà revenus au temps de Far-West.
Je vous laisse découvrir le reste des sujets sensibles abordés.
Ce qui m'importe : lire, relire ou découvrir un grand auteur américain, fidèle à son parcours chaotique comme celui de son pays, pour mieux être en phase avec les oubliés d'un système intransigeant.
Une approche du destin d'hommes et de femmes sans improvisations ni sophistication romanesque, ni cynisme gratuit.
Lire R.Banks c'est entrer dans le continent américain et soulever un voile, celui de la grande littérature.