Décemment, je ne pouvais pas faire autrement que de mettre (ainsi que je le fais souvent) le vrai titre original en titre de ce papier. Avec une faute d'orthographe sacrée et légendaire …
Ce roman, (très court = 60 pages dans un petit format), fait partie des Juvenilia, vraisemblablement écrits à l'adolescence …
Pour rester dans les généralités, il s'agit d'un roman épistolaire. Enfin, à mon sens, pas tout-à-fait car il ne s'agit pas d'un échange de courriers entre deux (ou plus) personnes mais d'une série de lettres écrites par une femme Laura et destinée à la fille Marianne de son amie intime Isabel. Laura raconte dans ces lettres, sa jeunesse aventureuse et romanesque. C'est en quelque sorte une confession construite sous forme de lettres sans qu'il n'y ait le moindre échange avec Marianne.
Dans un style très différent de ce que fera ultérieurement Jane Austen dans ses grands romans, le récit que fait Laura est d'une grande exubérance et une non moins grande invraisemblance. Par exemple, à la cinquième lettre, Laura raconte l'entrée impromptue d'un jeune baronnet inconnu, Edward, en fuite, un soir, sous son toit familial. Et à la sixième lettre, le lendemain peut-être car ce n'est pas précisé, voici que notre Laura est unie à Edward par son père (qui a reçu quelque formation ecclésiastique). Un mariage aussi expéditif, ce n'est pas vraiment à ça que Jane Austen nous avait habitué dans ses grands romans … Les dix lettres suivantes retraceront les péripéties mouvementées du jeune couple qui va rencontrer le père d'Edward qui n'approuve, évidemment, pas ce mariage et une multitude d'aventures presque rocambolesques et parfois dramatiques à travers l'Angleterre.
Au bout de quelques pages d'aventures trépidantes, de rencontres d'amis très chers (où les gens s'évanouissent en s'embrassant) ou de personnes très malveillantes (qu'il faut fuir au plus vite), j'ai fini par comprendre qu'il s'agissait d'une satire (le mot est trop fort mais je n'en ai pas d'autre) des mœurs de l'époque qui portaient haut le romantisme avec les mariages à la chaine, les femmes qui tombent en pâmoison pour un oui ou pour un non, les liens d'amitié qui se font et se défont, le cynisme de certaines amitiés …
Par ailleurs, je n'avais pas prêté attention à la dédicace du roman pour la comtesse de Feuillide qui est en fait une cousine de Jane Austen qui participait activement à ces Juvenilia … Et Jane Austen de conclure sa dédicace par : (trompée en) amitié et (trahie en) amour… donnant une certaine tonalité à ce chemin initiatique de ce qu'il ne faut pas faire.
Ce court roman me parait intéressant puisque écrit à l'âge d'une quinzaine d'années et fait preuve d'une certaine maturité de la part de Jane Austen. Intéressant, certes, mais pas vraiment passionnant.