La magie de lire un scénario, c'est que l'on peut se faire son propre film. Les images défilent dans la tête. Les personnages sont moins rugueux qu'à l'écran. Ils parlent tous d'une même voix : la notre. C'est le point de vue de l'enfant qui emporte pour moi tout ce texte. Celui d'un enfant qui ne supporte pas que ses parents se disputent. Et subit aliéné l'insupportable, un thriller domestique dont sa mère serait la coupable. A l'écran, les accents se bousculent, donnant au film des airs d'aéroport qui se prêtent bien aux festivals internationaux. A l'écrit, le récit se fait plus intime. On est aux côté des scénaristes à la table de montage qui nous expliquent en rouge chacune de leur coupe et de leurs choix. Leur rigueur impressionne. Tout est justifié, maîtrisé. Ce qu'il faut de minutie pour écrire un film!
18. CHALET, salon - INT/ NUIT Le soir tombe. Sandra et Daniel sont seuls. Elle boit un verre de vodka. Au piano, Daniel reprend le thème d'Asturias d'Albéniz, qu'il tente de se rentrer dans les doigts. Il bute, recommence, acharné. On sent qu'il est mal. Sandra s'approche, se penche vers le piano. De la main droite, elle commence à jouer un air lent et simple de Chopin (prélude op. 28 n° 4 en mi mineur, version Gainsbourg), s'asseyant à ses côtés. Daniel, de la main gauche, se met à l'accompagner en rythme : ils ont l'habitude de le jouer ensemble. SANDRA (une fois la chanson finie) C'était dur, cet après-midi, hein? Il ne répond pas. Elle prend sa tête contre elle. DANIEL (craque) Je m'en veux, je sens que j'ai pas fait comme il fallait, je sais pas ce qui s'est passé...