Après son roman "Humus", on peut dire que son éditeur : "L'observatoire" porte bien son nom parce qu'il accompagne à nouveau Gaspard Koenig dans ses propos révélateurs de notre quotidien de vie, notre réalité, d'abord la terre et les vers de terre et ici dans "Aqua", un autre élément vital, l'eau et sa source.
Cet auteur continue sa mission, nous chatouiller, nous interpeller avec sérieux et décalages ironiques dans la construction d'une tétralogie consacrée aux origines de notre survie, la terre, l'eau, l'air et le feu.
Comme une évidence, un "punching ball" littéraire.
Donc encore une fois un sujet sérieux, préoccupant mais c'est sans compter sur l'aspect romanesque de G.K., son empathie humaine et ses personnages hauts en couleur qu'il a soin d'accompagner tout le long de son récit.
Alors, soyez les bienvenus sur une scène de théâtre rurale dans le village de Saint-Firmin en Bretagne et les pieds dans l'eau,
page 145 : " Il a plongé ses pieds nus dans la rivière et joue à écarter ses orteils pour créer de minuscules tourbillons".
Pas une franche rigolade mais on peut sourire face aux habitants de cette petite commune, le ton est drôle et vif.
Trois figures :
Jobard, ancien Maire sortant, possesseur des terres, un agriculteur sans scrupules qui suit depuis longtemps les directives classiques et conventionnelles où tout est aux normes, une grande gueule.
Martin Jobard, le neveu, en lice pour briguer le mandat de Maire à Saint-Firmin, un décalé parisien, le profil d'un technocrate "bien propre sur lui" mais bien intentionné et loin d'être corrompu.
Maria, qui roule les "r" parce qu'elle est d'origine roumaine, elle tient le bistrot, l'épicerie du village où se réunissent des fidèles de tous bords.
Elle prône un partage réfléchi de cette source, le thème central de cette histoire, l'eau, cet élément charnel, cette amitié végétale, nécessaire à toute vie sur notre planète terre.
Devenue Maire, elle se sent bien dépourvue en voulant réintroduire les traditions, elle renonce face aux égoïsmes de la population.
Les intrigues prennent le dessus sur le fond théorique, l'eau risque de ne plus couler du robinet.
Une satire tendre et lucide, une interrogation, les interminables circulaires administratives sur la gestion de cet or transparent devenu précieux, page 397 :
"Une eau qu'on laisse vivre amènera de la vie".
Les sources existent depuis toujours, on les ignore, on les bétonne, on règle aussi son prix selon le marché.
Une scientifique, E.Ostrom dit : si un bien (une source locale) est indispensable et rare, l'Etat donne le droit aux citoyens dans des règles précises à en disposer dans le cadre des "communs", une communauté, les habitants qui ont sur leur territoire une source qu'ils devront gérer au mieux de leurs besoins et se débrouiller en cas de pénurie.
Alors il faut refaire "commun", refaire communauté démocratiquement sans le carcan administratif qui nie le local et l'art de l'échange, entre disputes et compromis.
Et vive les castors, seule espèce à produire et entretenir des zones humides.