Grand fan de Gaspard Koenig que je suis depuis bientôt dix ans, j'étais ressorti un poil frustré de Humus qui malgré toutes ses qualités se prenaient parfois les pieds dans le tapis dans ce qu'il proposait. Une sensation que j'ai retrouvée dans la majorité de ses œuvres romanesques.
Néanmoins, la promesse de proposer une Comédie Humaine contemporaine et centrée autour des quatre éléments m'interdisait de passer à côté de cette nouvelle sortie.
Ouvrage plaisant où le style littéraire de Koenig est immédiatement reconnaissable, Aqua n'est finalement qu'un bis repetita de Humus. Tant dans les qualités de ce dernier que ces défauts.
Si le style de l'auteur est toujours aussi limpide, fluide et agréable à lire (c'est l'exemple parfait du livre où l'on se dit "Allez, encore un chapitre !") et lui permet d'adresser des piques et des pointes de sarcasme et cynisme un peu partout, il manque de subtilité. Trop souvent, j'ai eu l'impression de lire une phrase de trop, de subir une surcouche dans un paragraphe pourtant parfaitement clair dans ce qu'il dénonce, moque ou défend. C'est comme si Koenig ne faisait pas confiance au lecteur, ou à lui-même, pour qu'il comprenne son propos. Cette surcouche frisait parfois l'absurde et je me suis retrouvé quelques fois à souffler du nez.
Passé ce défaut majeur, je ne peux toutefois que recommander la lecture d'Aqua. Le pari d'une Comédie Humaine moderne est tenu et, comme avec Humus, difficile de ne pas avoir fait évoluer son point de vue après avoir terminé le roman.
Koenig ne se prive pas non plus pour ajouter de nombreux passages, signature de l'auteur, moquant l'arrogance de l'élite française et l'absurde de son système administratif. A ce sujet, les chapitres consacrés aux touristes chinoises sont un régal et un bon moyen pour Koenig de nous forcer à regarder la réalité du pays dans le miroir.
Si j'ai insisté jusqu'ici sur la comparaison avec Humus, deux divergences importantes sont à souligner. Là où le roman sur les vers de terre pouvait parfois se perdre en chemin et dans son propos, Aqua est bien plus homogène. Ironique lorsque l'on repense aux insistances sur les méandres. Ensuite, alors que Humus arrivait à concilier adroitement les différents points de vue sur son sujet, ainsi que les différentes représentations du monde (scientifique, politique, médiatique, capitaliste et mystique), Aqua est bien moins subtil.
Mes reproches envers le livre ne doivent à nouveau pas faire oublier toutes ses qualités et je suis certain qu'il saura toucher bon nombre de lecteurs.