Si le livre de Philippe Vasset et Pierre Gastineau, "Armes de déstabilisation massive" semble par moment un peu roboratif (trop de déjeuners à travers le monde, avec des sources qui ne veulent rien dire, un peu long pour ce qu'il a à dire...), leur enquête nous amène à un autre niveau de compréhension du phénomène des fuites de données. Là où la belle histoire des Leaks nous évoque la transparence, la démocratie et la vertu des lanceurs d'alertes, les deux détectives soulignent qu'il n'en est rien. En s'intéressant à l'origine des fuites de données massives, ils nous rappellent que ce mirage de rétro-surveillance des puissants est massivement orchestré par la guerre économique.
En revenant patiemment sur l'origine des fuites, ils soulignent que la technique s'est rapidement dévoyée. Les fuites sont bien plus liées à des conflits financiers crapoteux qu'à des objectifs politiques. Bienvenue dans la réalité paranoïaque et a-morale du monde où les victimes sont souvent des assaillants, où les vertueux hackers sont tous des mercenaires, ou les pros de la sécurité sont tous d'anciens espions, où ceux qui vendent de la sécurité sont les premiers à la compromettre, où ceux qui exploitent les fuites sont les premiers à ne pas vouloir chercher leurs origines. Non seulement ce livre rend paranoïaque, mais il pourrait mettre à mal vos dernières illusions. Plus que la transparence, la fuite sert des intérêts qui ne sont pas ceux du publics, qui ne sont ni ceux des libertés individuelles, ni ceux de la démocratie, mais qui cachent surtout des cyber-extorsions qui ont échouées, et des conflits d'intérêts qui se règlent dans l'ombre de la publicité des fuites. Les médias semblent ici des pantins qui blanchient l'information plus qu'ils ne l'amplifient.
Une enquête parfaitement démoralisante sur la manipulation de l'information. Nous sommes désormais dans une désinformation industrielle dont vous devez par nature douter si on ne vous livre rien sur ses origines. "Le leak est l'arme du capitalisme de l'information".