Ascenseur pour l'échafaud, c'est le roman comportemental par excellence ; l'histoire d'un homme brutalisé par des forces tragiques qui l'excèdent et dont les moindres mouvements pour échapper à son destin seront autant de gestes nécessaires pour bâtir patiemment le piège qui va finalement l'étouffer.
Il y a beaucoup de perversité et de génie dans le travail de la structure du roman, en superbe contre-polar où chaque trace effacée par l'assassin est un des atouts dont il sera dépouillé pour tenter de se sauver.
On pourrait arguer sans doute que tout dans l'intrigue est parfaitement opportun pour créer un piège si méticuleux qu'il en devient incroyable ; c'est oublier sans doute qu'un puzzle est construit à partir de la subdivision d'un ensemble cohérent en une myriade de morceaux absurdes opportunément taillés pour rentrer les uns dans les autres.
La partie est dans le tout, et les règles existentielles du noir veulent que le péché ne demeure providentiellement pas impuni...quand bien même la sentence passe par l'aveuglement de la justice et la destruction des psychés.
Le noir est noir, l'argent brûle tout. "L'espoir, c'est du crédit. Le désespoir, c'est du comptant".