Bonjour.
On n'est pas loin de Frankenstein, avec cette ingénieure de la Silicon Valley qui s'invente un robot-compagnon pour l'aider dans ses difficultés personnelles. C'est d'autant plus intéressant qu'il ne s'agit pas de déficience physique, mais de difficultés psychologiques, plus exactement de la perte de ses capacités émotionnelles qui lui vaut son surnom de "Reine des glaces".
Or, l'argument rédhibitoire actuel supposé séparer clairement l'humain de la machine, c'est bien l'affect, le domaine de l'émotion.
C'est pourquoi l'ensemble est intéressant, et si le milieu du bouquin paraît un peu un océan à franchir, comme souvent, paraît-il, avec les océans, on est content d'arriver à destination. Ceci dit, c'est bien écrit, ce qui aide, même si par moments on nage un peu.
Les questions que pose Yannick Grannec paraissent essentielles, même si elles sont peut-être un peu prématurées. Mais, en sommes-nous sûrs ? Il n'est peut-être pas mauvais d'y réfléchir avant que les robots ne nous y obligent eux-mêmes.
Les notes I (sur Victor Frankenstein) et II (sur Mary Shelley) en fin d'ouvrage ne manquent pas d'intérêt non plus.
L'ensemble tend vers deux questionnements. La robotique sera-t-elle un jour en mesure de combler nos manques affectifs, et n'y allons-nous pas tout droit avec les réseaux sociaux et autres métavers ? Plus loin, si une robotique affective est possible, qu'en est-il de notre propre affectivité, et jusqu'à quel point est-elle "naturelle" et n'est-elle pas un fruit formaté par l'éducation ? Auquel cas, peut-être sommes-nous nous-mêmes des robots. Après tout, que savons-nous de l'affect des scarabées ? Or, si un bousier roule sa boule, c'est bien que, quelque part, le bousier est l'heureux propriétaire d'un brin de cette affectivité qui le pousse à se reproduire, avec sa boule de Tantale, là, le bousier !