Etant un amateur de thrillers et d'intrigues psychologiques tortueuses, je fus vite intéressé, en me promenant dans les rues, de voir une affiche de cette œuvre avec une critique du maître Stephen King la vantant comme "un des plus grands romans jamais écrits sur le mal absolu." Je m'empresse d'acheter ce livre, et commence alors un périple haletant dans les tréfonds les plus noirs de l'âme humaine ...

Au-delà du mal est une oeuvre parue assez récemment, la faute à de nombreux problèmes éditoriaux ayant retardé considérablement son apparition en France. L'auteur, Shane Stevens, n'est que trop peu connu, justement en raison de ces soucis maintenant résolus et de son nombre restreint de romans.

L'oeuvre commence par quelques lignes particulières annonçant d'emblée l'atmosphère malsaine du roman, et qui sonnent comme un avertissement pour le lecteur : ceci n'est que le début, tourne les pages suivantes si tu en as le courage.
Les premières pages concernent la vie difficile de Sarah Bishop, violée à plusieurs reprises avant qu'elle n'atteigne ses vingts ans. Alors que sa situation semble se stabiliser et qu'elle a l'air de pouvoir enfin prétendre à l'amour et à une once de bonheur, le destin en décidera autrement. C'est ainsi que sa route croise celle de Caryl Chessman, un violeur en série ayant réellement existé et qui sévit dans les années 60, surnommé le "tueur à la lumière rouge" en raison de la lampe torche dont il se servait pour débusquer ses victimes et d'ailleurs improprement traduit "le tueur à la torche" dans le roman.

De cette union forcée entre un violeur en série et une jeune femme psychologiquement perturbée par ses anciens traumatismes naquît un des monstres les plus abominables qu'ait connu les Etats-Unis : Thomas Bishop.

Le beau-père de Thomas Bishop (conjoint de Sarah et qui pense être le réel géniteur du petit Thomas) s'avère être un homme violent dont les difficultés financières, loin d'arranger son psychisme, le mèneront trop loin lors d'une tentative de braquage qui finira bien plus mal que prévue. Cet évènement, qui ne semble pas crucial de prime abord, n'est en fait que le premier fil d'une gigantesque toile d'araignée parallèle à l'intrigue principale.
Le mère de Thomas finit par sombrer dans l'alcoolisme, et délaisse son enfant, quand elle ne le bat pas à coup de ceintures. L'esprit irréversiblement tombé dans la folie, Bishop assassine sa mère et finit interné dans un hôpital psychiatrique alors qu'il n'a que dix ans.

Quinze ans plus tard, arrivé à maturité et toujours interné, Thomas Bishop met plusieurs semaines à peaufiner un plan d'évasion aussi parfait que machiavélique et regagne sa liberté.

S'ensuit une chasse à l'homme inimaginable où la presse, la police et la mafia se heurtent tour à tour à l'intelligence surpuissante de cet homme qui sème la destruction et la mort partout sur son passage. Seul Adam Kenton, considéré comme un des plus brillants enquêteurs journalistes du pays semble avoir une chance de pénétrer l'esprit insondable de Bishop pour comprendre et anticiper les actes du tueur en série. Il sera aidé dans son entreprise par un criminologue de réputation mondiale et par plusieurs autres enquêteurs. Kenton dira par ailleurs qu'"'une centaine d'hommes comme Bishop lâchés en même temps dans les Etats-Unis pourraient complètement détruire le pays."

De nouvelle identité en nouvelle identité, de massacre en massacre, la progéniture du mal poursuit imperturbablement son périple, mais les mailles du filet se rapprochant dangereusement, Bishop imagine un plan aussi improbable que cruel, uniquement concevable par un génie à l'esprit en morceaux, et qui débouche sur un final monumental à la parfaite mesure de l'œuvre de Shane Stevens, laissant un lecteur abasourdi, confus et plein d'interrogations.

Au-delà du mal est une œuvre magistrale, tout à fait à la hauteur d'un Silence des Agneaux ou d'un Dahlia Noir. Obscure, dérangeante, parfois à la limite du supportable, l'atmosphère du roman déstabilise et perturbe le lecteur, qui tombe de Charybde en Scylla à mesure que Bishop, dont le cerveau dérangé recèle un improbable mélange de psychose et de psychopathie, franchit un pas dans l'horreur. On ne peut d'ailleurs pas s'empêcher d'éprouver une coupable sensation d'admiration, tant les plans de Bishop sont tordus et efficaces. Seul point noir, le style parfois journalistique de Stevens qui peut parfois un peu rebuter par sa redondance.

En bref, un roman à lire absolument, et qui vous laissera probablement, une fois la dernière page tournée, avec un étrange sentiment de dégoût, de surprise, et d'empathie...
NihilY
9
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Créée

le 24 févr. 2012

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