Roman de tous les contraires : que je n'ai pas apprécié tant que ça, mais dont j'ai beaucoup à dire. D'un livre que j'ai aimé ou détesté, je peux parler des heures, mais d'un livre qui la plupart du temps m'a laissée indifférente...
D'abord, roman fleur bleue s'il en est. Mais roman pessimiste aussi. Roman qui vous fait voir et ressentir ce qu'il dit. Roman fulgurant parfois. Roman atrocement convenu par moments, aussi. Roman qui applique tout à fait le poncif selon lequel il vaut mieux montrer que décrire. Montrer que la quête de l'absolu est vaine. Que nos idéaux sont des mensonges. Que l'amour repose même, bien plus que sur des malentendus, sur des mensonges, qu'on se fait ou qu'on veut bien entendre. Et pourtant, pour montrer cela, une histoire d'amour si fantaisiste, si tirée par les cheveux parfois, de situations et de monologues intérieurs auxquels manquent cruellement une saveur quelconque, que parfois c'est comme une balle en mousse qu'on lance sur un mur...
En réalité, ce qui m'empêche d'y croire tout à fait, c'est cette accumulation de contraires, de directions différentes. Et des personnages qui, s'ils étaient un peu moins bêtes, pourraient m'émouvoir. Certes, l'amour absolu n'existe pas même pour des êtres plus aboutis. Et sans doute le contraste entre l'idéalisation qu'Aurélien et Bérenice font l'un de l'autre et leur médiocrité respective est efficace. Bérénice plus agaçante qu'Aurélien n'est bête d'ailleurs...
En vérité, ce qui fait le sel de ce livre est bien davantage que l'intrigue principale, ses descriptions et la richesse de la peinture de cette société parisienne des années 20. Le style d'Aragon sauve tout.
Enfin, il est assez rare que j'apprécie la fin d'un livre. Plus rare encore qu'elle sauve un livre dont je n'ai pas tant aimé ni le début, ni les développements de l'intrigue. 730 pages, tout de même.