Bahari Bora a 13 ans lorsqu'elle est enlevée avec d'autres filles de l'orphelinat par des rebelles qui combattent le régime de la République Démocratique du Congo. Cinq ans plus tard, elle parvient à s'échapper et, enceinte, est recueillie dans un hôpital où on lui conseille d'interrompre sa grossesse, comme aux autres filles victimes de viols.
Steve Aganze est un jeune romancier qui publie son premier roman et qui fait montre d'une écriture maîtrisée, classique et belle, mâtinée d'expressions, d'images liées au pays dans lequel il situe son histoire "Maman me dit toujours que les hommes se pavanent avec un serpent vorace entre les jambes. […] Je ne veux pas me faire mordre, alors je n'entre jamais dans les bars. […] Elle est entrée dans un bar, elle a voulu caresser le serpent d'un garçon, croyant plaisanter, mais il l'a mordue dans l'entrejambe, et son venin mortel a fait gonfler son bas-ventre, c'est pour cela qu'elle vomit."
Steve Aganze rend hommage aux femmes de son pays, qui subissent la guerre, les affrontements entre armée et rebelles, qui paient très souvent le prix fort, otages sexuelles, violées à de multiples reprises, parfois tuées. Il en faut de la force pour continuer à se battre, à vivre, à élever les enfants parfois nés de ces viols, et dans ce cas, être rejetées par les familles, car elles ne sont plus fréquentables, impures. Bahari Bora est une jeune femme de cette trempe qui doit prendre une décision qui va engager le reste de sa vie.
C'est un très beau roman, sensible, poétique, profond, d'une grande beauté et d'une grande force.