Il m'a fallu un long temps d'adaptation au style d'écriture, — assez peu ordinaire car très ordinaire, — c'est-à-dire soixante-dix pages, avant d'adhérer enfin à l'histoire, celle, commune, d'un enfant qui voit pour la première fois ses parents comme les êtres humains qu'ils sont. Ce roman semi-autobiographique a de cela de particulier que tous ses personnages sont navrants, à commencer par les deux hommes forts de la famille Bandini, Arturo et Svevo ; les autres, la mère et les frères, inspirent davantage de pitié sans pour autant être sympathiques.
Au-delà de la réalité (littéralement) glaçante de la vie aux États-Unis d'immigrés italiens sans le sou au début du XXᵉ siècle, c'est surtout le papillonnage d'une conscience à l'autre qui m'a intéressée, parce que c'est un procédé difficile à maîtriser, que je n'avais jusque-là croisé que chez Virginia Woolf. La plume de John Fante est toutefois moins grandiose et moins hallucinée que celle de l'Anglaise, donc plus intelligible ; il faut malgré tout une bonne dose de ténacité pour venir à bout de l'ouvrage.