Des mois que ce roman étiqueté "best-seller", "coup de cœur", "incontournable", me faisait peur. Trop d'éloges, trop de promotion et de corners, trop peu d'avis mitigés ou négatifs pour équilibrer la note globale. Il aura fallu une LC pour me décider à m'y risquer ; il aura fallu une LC pour que j'en vienne à bout après plus d'un mois d'ennui et de lecture laborieuse. Tant mieux si ce roman à la noirceur plombante a réjoui de nombreux lecteurs, il en faut pour tous les goûts ; une lecture est autant un risque de bonne rencontre que de rendez-vous manqué.
Betty est une métisse américaine dont les ancêtres Cherokees ont compté parmi les peuples premiers du continent nord-américain. Elle se fait narratrice pour nous narrer sa vie et celle de sa famille dans les années 50 et 60, dans l'Ohio, en pleine cambrousse ; le cadre idéal pour mettre en avant l'étroitesse de vues et la violence ordinaire des rejetons des pionniers blancs. Betty, de ses neuf à dix-neuf ans, se raconte donc et dresse la chronique de sa famille nombreuse, marginale, rejetée, marginalisée, débrouillarde et lyrique.
Deux puissances s'opposent dans son quotidien : la poésie et la violence. La poésie, elle réside dans la nature qui se fait tour à tour nourrice et refuge, mais surtout dans la figure du père de Betty, d'ascendance indienne. La violence, elle se manifeste à chaque instant dans les rapports de Betty aux autres, chacune de ses relations étant dure, biaisée, malsaine, volcanique. Tout ça donne un récit aussi éparpillé que les étoiles dans le ciel, tissé de longueurs narratives, encombré de détails superflus et de personnages furtifs dignes de jouer les troisièmes rôles dans un mauvais film de Disney. Une très grosse dose de pathos est censé amalgamer tout ça.
Loin de m'occasionner émotions et coups au cœur, "Betty" m'a profondément ennuyée et dégoûtée. Certaines scènes suent la violence gratuite et racoleuse. J'ai par-dessus tout été exaspérée par le père de Betty qui pourrait incarner à lui seul la thèse de la dépendance des filles à leur papa. Je n'ai ressenti aucune empathie pour lui, comme pour aucun autre personnage, et j'ai méprisé un chef de famille refugié dans ses élucubrations, les yeux tournés vers le passé, ses traditions, les astres et pas fichu de voir ce qui se passe sous sous propre toit : le mal-être, les maltraitances physiques et morales, les tentatives de suicide, les influences néfastes, les crimes.
Inutile d'en dire davantage, encore une fois, tant mieux si un grand nombre de lecteur y a trouvé son compte en termes d'émotions, de talent stylistique (très surfait selon moi), de noirceur et d'évasion. Je reste toutefois dubitative quant à l'objectivité de la note globale qui serait certainement plus équilibrée, représentative et réaliste si les déçus osaient exprimer leur ressenti et prenaient le risque bien léger de se heurter à la vague du succès éditorial.