Le genre de roman efficace, dans le meilleur sens du terme ! Ah quand tu lis Bien-Être, tu te rappelles que le roman américain c'est quand même quelque chose, que ça peut te sortir de ta torpeur littéraire, engoncée que t'étais dans les classiques qui faut avoir lu mais qui te contente parce que "tu l'as fait", et pas parce que tu prends ton pied.
Ici tout est haletant, on voit un peu les coutures du "creative writing" à l'américaine, mais tu avances dedans comme lancée sur un escalator. C'est étonnamment limpide et pourtant chaque palier te stimule, et tu en redemandes encore.
Nathan Hill arrive à lier dans une construction narrative faite d'allers-retours, des thèmes qui sont la quintessence de nos vie de bobos modernes (oui si t'es tu as lu Bien-Être, tu en es probablement un) : poids de l'histoire familiale et du développement personnel, relations aux réseaux sociaux, parentalité névrosée, vies d'entreprise absurdes, injonctions permanentes et contradictoires sur l'amour, la sexualité, la façon de mener une vie, et de vivre "bien".
C’est un roman qui parle des histoires qu’on se raconte, qui désambue nos écrans de fumée, et qui montre que même dans la déconstruction, nous sommes obligés de nous créer d'autres histoires. Parce qu’être humain finalement, c’est se créer soit même un système de significations pour parvenir à vivre “bien”.
L'effet placebo est au cœur du récit, et irrigue chaque chapitre, en étant explicité juste ce qu'il faut. Le didactisme du roman est très appréciable. C'est assez rare que les romans qui veulent t'apprendre des choses le fassent de façon naturelle, mais j'ai trouvé que Nathan Hill, à travers les dialogues ou les apartés explicatives, le fait admirablement bien. Ce sont les parties qui m'ont le plus happée : le chapitre sur le fonctionnement des algorithmes et l'effet bulle des réseaux sociaux mériterait d'être édité à part en fascicule, une masterclass.
Bien-Être est un roman faussement simple, faussement divertissant, qui se déploie sans prévenir et va décanter de longues semaines dans ma tête. Je suis admirative de l'architecture narrative du roman, et de la grande justesse de sa thèse, malgré le foisonnement des thèmes.
L’effet placebo, c'est la réponse d’un cerveau ayant trouvé du sens : Bien-Être est un roman nihiliste mais apaisant. Je n'ai pas fini de repenser à Bien-Être dans à peu près toutes les considérations (pseudo) philosophiques que la vie m'apporte sur un plateau !