Diablement moderne, et terriblement daté. C'est l'impression paradoxale que m'a laissé Black Beauty. Moderne et même révolutionnaire dans l'attention, la tendresse, le respect à l'égard des chevaux qui exhale de chaque ligne. L'autrice les rend non seulement doué de sensibilité, mais d'une voix intérieure, d'une psychologie… et tout cela sans sombrer dans l'anthropomorphisme. C'est probablement la première "autobiographie" d'un animal. Il est passionnant et parfois émouvant de se glisser dans la caboche de l'équidé. Non moins passionnant la découverte de l'omniprésence des chevaux au quotidien, pour la guerre, les champs, les fiacres...
Le roman date de 1877 est comporte donc inévitablement quelques aspects datés. C'est le cas sans doute dans sa manière d'ânonner une morale chrétienne de manière un peu trop didactique. Mais comme dans Heidi qui date de la même époque, c'est fait avec assez d'intelligence et de sincérité pour ne pas gêner outre mesure. Il est un peu plus difficile de lire ces passages où elle fait de l'obéissance la première qualité du cheval, la servitude son unique horizon, le bonheur de ses maitres, sa raison de vivre. C'est au demeurant autant le cas pour les chevaux que pour tout le "petit personnel" humain qu'on croise dans le livre, reliquat d'une société britannique encore aristocratique.
Cette servitude heureuse disparaitra en partie dans L'appel de la forêt de Jack London qui paraitra quelques décennies plus tard, avec cette fois un goût de la liberté affirmé. Peut être ce qui sépare l'Angleterre des Etats-Unis, le XIXème du XXème siècle.