Bordure, de Lucie Mosca, est un roman de science fiction appartenant au genre du space opera, genre dont je suis le plus friand. Il y a de l'action, de l'aventure, des combats, des explosions... tout ce que j'attends de ce genre littéraire.
Toutefois, on n'est pas dans une histoire de conquête à la Asimov, à la Heinlein ou à la Herbert, où la guerre est sublimée. L'autrice s'intéresse aux conséquences sur les "petits soldats" du colonialisme et du capitalisme. Ces derniers ne sortent pas indemnes de la guerre. Ce sont des victimes au même titre que les personnes qu'ils ont massacrées car elles reviennent traumatisées par leurs actions. Elles sont dysfonctionnelles et se noient à leur retour dans des comportements auto-destructeurs. Elles ont acquis des codes sociaux où la violence est prépondérante. Elles ont été le jouet d'une société capitaliste où la captation de ressources est le but ultime, sans considération morale.
Nous suivons les pérégrinations ultra violentes de Shylot, capitaine de vaisseau spatiale, ancienne soldate d'une guerre coloniale dévastatrice sur la Bordure et reconvertie dans dans l'acquisition et la revente d'oeuvres d'art. Mais sous cette couverture sociale, elle s'évertue avec son amie Kas à alerter sur les exactions des gouvernants et autres puissants de leur planète nation, Concordia, la malle nommée. Cette écumenopole fait penser à Trantor d'Asimov où les exclus sont réduits dans la misère aux niveaux où la lumière n'arrive jamais.
Mais leurs actions ne sont pas sans conséquence. Shylot et Kas vont se heurter à des opposants puissants et aux méthodes expéditives qui bénéficient d'une immunité totale.
On sent la volonté de l'autrice de mette en valeur des personnages féminins, tout en ne masquant pas les démons qui les rongent de l'intérieur. On peut affirmer que Shylot est un monstre par son comportement auto destructeur qui n'engendre que la mort autour d'elle.
On est dans un roman où la violence est omniprésente, qu'elle soit physique ou mentale. Toutefois, cet aspect est contrebalancé par l'amitié qui existe entre les personnages. Shylot malgré sa personnalité solitaire a besoin d'être entourée par ses anciens camarades de guerre. Ses émotions sont omniprésentes dans le roman. C'est une écorchée vive et un monstre engendré par le capitalisme et l'impérialisme. Les drogues qu'on lui a injectées en ont fait un animal sanguinaire.
Je trouve que pour un premier roman écrit de l'aveu même de l'autrice cette dernière fait preuve d'une grande maturité dans son écriture.