C'est un roman plutôt court avec un style assez froid, quand je l'ai commencé je ne m'attendais pas à quelque chose d'aussi fort et d'aussi riche.
Je précise d’emblée que je vais spoiler sans réserve, c'est plus une critique pour qui a déjà lu le livre.
Je déteste les films d'horreurs/épouvantes, je lis très rarement ce style mais jusqu'ici je ne suis tombée que sur de très bons livres (Les Dangers de fumer au lit et Marche ou Crève de mémoire). Pour que j'y trouve de l'intérêt il faut qu'il y ait une forte dimension psychologique et sociale. J'avais aimé le traitement social du cannibalisme institutionnalisé dans Parade Nuptiale de Kingsbury mais la lecture était gâchée par les forts relents sexistes et la culture du viol de la SF des années 80.
Donc j'étais plutôt curieuse de voir ce que le sujet pouvait donner écrit par une femme de nos jours.
Y'a beaucoup de choses à dire sur ce livre, ça ne s'arrête pas, comme j'ai pu le voir sur quelques commentaires négatifs, à la question de manger la viande et inciter au végétarisme.
Si j'ai aussi fait beaucoup le parallèle au début avec la façon dont notre société traite les autres animaux, elle développe rapidement les effets de bords du cannibalismes institutionnalisés dans un monde capitaliste.
Les questions sociétales se multiplient au fil du livre : gestation pour autrui, conventions sociales, dérives de l'industrie pharmaceutique , régulation de la surpopulation, manipulation de masse, soumission généralisée, les limites auxquels poussent l'extrême pauvreté et j'en passe !
L'autrice a en plus une vraie capacité à tirer des portraits forts et authentiques en quelques lignes. J'étais du coup perplexe et déçue du traitement du personnage de Jasmin, dont finalement on ne perçoit pas grand chose, jusqu'à ce que je comprenne que ça reflétait la vision du narrateur…
Le personnage principale est bourré de contradictions, il est sous certains aspects sensible et progressiste (son attachement à son père, la perte de son fils, valeurs féministes, révoltés contre le cannibalisme etc.) et en réalité opportuniste et misogyne (son boulot, gestation pour autrui, désir d'écraser une femme insoumise). Il est torturé par sa conscience et son hypocrisie, ce qui explique sans doute sa haine pour sa sœur qui adhère, elle, sans complexe aux conventions sociales.
J'ai trouvé le livre dur mais j'ai pas pu le lâcher, j'étais angoissée de toutes les possibilités de fin possible (au domaine de chasse, au laboratoire, avec le contrôleur sanitaire,...) pour finir le dénouement est pas inattendu mais il achève bien la montée en pression et a le mérite d'être sobre.
Je relirais ce livre, ce qui est assez rare, et j'espère qu'elle n'a pas fini d'écrire.