Si tu pensais que Canada, c’était un road trip en traîneau avec des caribous et des fusillades dans la neige, détrompe-toi : Richard Ford prend plutôt son temps pour t’emmener en balade… et parfois, tu risques de regarder ta montre.
L’histoire commence pourtant avec une promesse de roman noir : un braquage foireux, des parents qui se retrouvent en taule, et un gamin de 15 ans, Dell, qui doit fuir pour sauver sa peau. Sa destination ? Le Canada. Là, on se dit : OK, ça va être tendu, il va y avoir du suspense, des choix cornéliens, une fuite haletante… et puis, on se retrouve dans une longue introspection où chaque geste, chaque pensée est disséqué avec une précision chirurgicale.
Parce que oui, Ford ne cherche pas l’action, il cherche à capturer l’errance, la solitude, le poids du destin et de l’inéluctable. C’est beau, c’est bien écrit, c’est ciselé… mais c’est aussi long, contemplatif et parfois, on a l’impression de marcher dans la neige avec des bottes trop lourdes. On veut avancer, mais on est constamment ralenti par des descriptions minutieuses et des réflexions existentielles qui prennent le pas sur l’intrigue.
Le point fort du roman, c’est son style : Ford sait écrire, c’est indéniable. Son Amérique est crépusculaire, son Canada n’est pas un eldorado mais une terre d’exil brutal et silencieux. L’atmosphère est là, le malaise aussi. Mais il faut être patient, très patient.
Bref, Canada, c’est un roman à la beauté froide et maîtrisée, une errance plus qu’un récit, un livre qu’on admire plus qu’on ne le dévore. Si tu cherches une lecture qui te happe et te fait vibrer, passe ton chemin. Mais si tu veux un roman lent, introspectif, et que les ambiances pesantes t’attirent… alors bienvenue dans cette longue traversée du froid.