Si je n'ai pas pu vérifier l'excellence dit-on, de Belezi avec ses ouvrages précédents, Cantique du Chaos peut laisser perplexe par sa construction et sa platitude, entre départs réguliers, déplacements peu risqués et coups de cœur féminins. Le peu de personnes rencontrées disparaissent assez rapidement sans qu'aucune interaction ne semble construire quoi que ce soit. La dystopie n'est que prétexte à la fuite en avant de Théo, de portraits balayés, de dialogues inexistants et de facilité en tout genre. Les ¾ de la population a disparu, mais on trouve des lieux d'accueil, des voitures, de l'argent, s'arrêtant même dans des restaurants avec viande à foison...où des serveuses auront la larme à l'œil en pensant à tous ceux qui sont morts sans que l'on puisse ressentir la moindre empathie n'ayant aucun visuel fort de détails pour nous plonger dans les affres de la fin du monde.

Hormis l'introduction, qui pourrait rapidement faire penser aux envolées de L.Gaudé, et les dernières pages plus fortes en émotion à l'approche de la mort, ce ne sera pas la prise de conscience d'un monde à réinventer mais plutôt la vieillesse qui aura raison de Théo. C'est aussi le drame de ces rencontres déjà avortées, construites sur la solitude et la dépression ambiante qui finiront par se déliter sans fracas et déjà oubliées. Trop peu sur l'ensemble et on finit par se lasser de ces 398 pages, de ce manque de fond, de réflexion et de cette répétition constante de situations.

Et le récit, entrecoupé de passages du journal de Théo, de ses moments de vies antérieures n'aura malheureusement pas grand intérêt par des situations vécues qui n'apportent rien au récit central ni à la compréhension de son passé. Sans le lyrisme tant attendu, ni même de nostalgie de tout ce qui a été perdu, on se désole de ce manque d'originalité et de puissance évocatrice pour un tel sujet, qui nous transportaient chez C.McCarthy, ou G.G Marquez auxquels on compare Belezi.

Comme une évidence, l'être humain a lui-même poussé à l'extinction de l'espèce, subit les foudres d'une planète qui n'en peut plus...sans prendre évidemment la mesure de ses actions passées. On a compris depuis longtemps que « l'homme » ne change pas et profite de ce qui lui est permis de faire pour son propre bénéfice et qu'il ne mettra rien en œuvre pour redresser la barre. Pour nous le rappeler, Belezi balance pêle-mêle sans approfondir le propos, une série de clichés. Un régime totalitaire avec une femme au nom proche de celui de la présidente de la Commission européenne pour un pied-de-nez peut-être, aux multiples trahisons écologiques. Une échappatoire dans une Amérique, terre d'accueil rêvée, aux armes déchaînées, au milieu de sectes et de pasteurs visant à ramener le peuple sur le bon chemin, quelques redneks ou autres malfaisants tatoués et batailles sanglantes expédiées, pour finir par une retraite dans la jungle, qui auront du mal à convaincre.

Les ellipses régulières survolent les trajectoires et les enjeux. On a compris aussi que la vie passée de Théo le rattrape par des visions fantasmagoriques à marquer une atteinte mentale mais qui vient encore rajouter à tout ce melting-pot. On aura encore compris que les deux enfants devenus adultes sont l'image de cette humanité perdue, mais l'écriture lourde de représentations, échoue à rendre tout le drame de leur désinvolture meurtrière et ne s'exonère pas de la réalité d'aujourd'hui.

Même les animaux dont on se souvient en période de covid qui se réappropriaient le territoire n'existent pas. Belezi en oublie leur existence, nous privant ainsi de quelques moments réconfortants au profit de celles d'êtres humains aux histoires vaines. Seule la troisième partie arrive à rendre compte du désastre environnemental, toute proportion gardée et à nous faire l'aumône de quelques cris animaliers.

limma
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le 21 déc. 2025

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