Un monde magique, une école de sorciers, un orphelin élevé par des humains non-magiques – les Normaux –, propulsé dans cet univers lorsqu'il découvre ses propres pouvoirs à l'âge de onze ans, et un méchant mage noir qui sème le trouble... vous avez une impression de déjà vu ? Non, non, vous n'êtes pas dans Harry Potter ! Le héros de cette histoire s'appelle Simon Snow (rien à voir avec Jon), il déteste son camarade de chambrée qui semble être un vampire, et il galère avec les filles, alors être l’Élu, c'est le cadet de ses soucis en cette rentrée des classes ! Il est bien loin, le héros sans peur et sans reproche que tout le monde espère voir en lui...
Carry On commence comme un pastiche, mais c'est avant tout une quête identitaire : Simon ne sait pas d'où il vient, ni où il va. Il est maladroit, il ne sait pas ce qu'il veut devenir, puisqu'il ne sait même pas s'il va vivre assez longtemps pour devenir quelqu'un, et surtout, comment composer avec le futur alors qu'il a déjà du mal avec le présent ? Peut-on vraiment être l’Élu quand on n'est même pas un héros ? Du fantastique, on passe au roman d'initiation, avec un adolescent finalement comme les autres.
Ce roman multiplie les points de vue, donnant un regard différent sur chaque personnage, leur conférant une dimension plus profonde. La petite amie de Simon, Agatha, n'est pas seulement une jolie fille superficielle, son colocataire et ennemi juré, Baz, est moins sombre et belliqueux que veut bien le penser le héros. Simon lui-même prend un relief particulier selon la manière dont il est perçu par tous les autres personnages, tantôt attachant, souvent exaspérant.
Le roman fantastique traditionnel en prend un sérieux coup avec Rainbow Rowell, et montre qu'on peut aborder ce genre avec autant d'humour que de gravité et de sensibilité. Ce qui ressemble de prime abord à une copie regorge en fait d'originalité : une fausse parodie pour un vrai roman d'amour !