Colline est le premier acte d'une trilogie qui donne le ton : on n'appréhende jamais dans sa totalité la nature. Les résidants des Bastides vont tirer les conclusions de ce qu'appelle la notion "habiter" un territoire. Habitons-nous réellement ces terres ? La connaissons-nous vraiment ? Est-on en capacité de saisir en profondeur ce qu'est la nature ?
Jean GIONO livre un récit qui élabore sa propre mythologie où les éléments de la nature, a priori du domaine de l'inerte, portent les caractéristiques du vivant. Il fait l'exégèse des phénomènes naturels en interprétant leurs mouvements. Le personnage de Janet, à l'article de la mort, devient un émissaire du Dieu PAN, c'est son prophète. Ce Dieu admet-il le concept de justice ou de miséricorde quand on connaît le destin réservé aux innocents ? Il semble que la brutalité, entendue comme l'expression d'une nature primordiale, renvoie l'homme à la limite de sa condition.
L'œuvre possède, en substance, des figures suffisamment significatives pour établir un fragment rural aux résonnances mythologiques. Je regrette que cet échantillon de paysannerie s'interdise à investir totalement le domaine du mythe. Je pense notamment au personnage de Gagou, l'idiot du village, dont l'aura et les attitudes se chargent d'une dimension quasi mystique.