Eh oui, surprise ! Moi qui n'aime guère Fred Vargas en général (trop maniérée, trop artificielle, trop "littéraire" au sens français / désuet du terme, trop outrageusement "poétique", elle me hérisse un peu, la mère Vargas...), mais qui continue par habitude à lire ses livres, en voici deux de suite que j'aime bien : car après le salutaire détour québecquois de "... Neptune", "Dans les Bois Eternels" me paraît ni plus ni moins comme ce qu'elle a fait de mieux à date. Pourquoi ? Eh bien sans doute parce qu'avec ce dernier "rompol" (elle a sans doute honte d'écrire des romans policiers comme tout le monde), elle franchit enfin toutes les barrières de la vraisemblance, voire même de l'intelligence, et qu'il devient du coup difficile de s'irriter encore devant l'accumulation de bizarreries sensées caractériser son "style" (car Vargas, c'est un "auteur", hein ?)... Rien dans ce livre ne tient debout, tout se passe dans une sorte de délire hébété où faits et intuitions se combinent pour raconter une histoire surréaliste, tellement ridicule qu'elle en devient sidérante, extraordinaire même par instants. L'accumulation de personnages saugrenus, qui est en général un pénible effet de signature chez Vargas, tend ici à la "divine comédie", et les fils tissés entre eux sont tellement invraisemblables qu'ils touchent au pur symbolisme : du traumatisme originel sur les terres béarnaises à la poursuite en hélicoptère d'un chat enamouré, on ne quitte jamais le domaine du délire ! Finalement, on a l'impression que Vargas a voulu faire de "Dans les Bois Eternels" une sorte de condensé de toute son "oeuvre" (guillemets nécessaires...), une sorte de super-rompol grotesque et épuisant. Au final, c'est ce "trop", cette absence de mesure et de décence qui réjouit, bien plus que dans tous les livres qui ont précédé. Mais le dernier mot est comme toujours de trop, car, en bonne "fabricante" de polars de gare, Vargas nous refait le coup de tous les fils qui se démêlent, de tous les faits qui s'expliquent, dans un rapport de causalité que l'on trouve, du coup, désuet, et passablement lâche. Comme si au dernier moment, Vargas avait redressé le volant avant que son bolide ne file à pleine allure vers l'abîme. Dommage ! [Critique écrite en 2009]

Eric-Jubilado
7
Écrit par

Créée

le 18 sept. 2014

Critique lue 1.2K fois

Eric-Jubilado

Écrit par

Critique lue 1.2K fois

4

D'autres avis sur Dans les bois éternels

Dans les bois éternels

Dans les bois éternels

8

François_CONSTANT

661 critiques

Critique de Dans les bois éternels par François CONSTANT

Cela faisait quelques temps que je ne m'étais plus offert un Vargas... Quelle erreur! Car, s'offrir un Vargas, c'est s'offrir une sortie des sentiers battus tout en restant, peletteux exigent, dans...

le 1 déc. 2016

Dans les bois éternels

Dans les bois éternels

7

Eric-Jubilado

6887 critiques

Le meilleur ?

Eh oui, surprise ! Moi qui n'aime guère Fred Vargas en général (trop maniérée, trop artificielle, trop "littéraire" au sens français / désuet du terme, trop outrageusement "poétique", elle me hérisse...

le 18 sept. 2014

Dans les bois éternels

Dans les bois éternels

4

Ferreol

6 critiques

Critique de Dans les bois éternels par Ferreol

J'ai entendu dire que c'était bien. Je l'ai acheté au supermarché (!), quelque part en automne, et puis, je l'ai ouvert en décembre. Et fini mi-janvier. Double !, pour un polar (?), ce n'est pas...

le 5 févr. 2013

Du même critique

Je veux juste en finir

Je veux juste en finir

9

Eric-Jubilado

6887 critiques

Scènes de la Vie Familiale

Cette chronique est basée sur ma propre interprétation du film de Charlie Kaufman, il est recommandé de ne pas la lire avant d'avoir vu le film, pour laisser à votre imagination et votre logique la...

le 15 sept. 2020

Les Misérables

Les Misérables

7

Eric-Jubilado

6887 critiques

Lâcheté et mensonges

Ce commentaire n'a pas pour ambition de juger des qualités cinématographiques du film de Ladj Ly, qui sont loin d'être négligeables : même si l'on peut tiquer devant un certain goût pour le...

le 29 nov. 2019

1917

1917

5

Eric-Jubilado

6887 critiques

Le travelling de Kapo (slight return), et autres considérations...

Il y a longtemps que les questions morales liées à la pratique de l'Art Cinématographique, chères à Bazin ou à Rivette, ont été passées par pertes et profits par l'industrie du divertissement qui...

le 15 janv. 2020