Souvent, les sages disent que dans un voyage, ce n’est pas l’arrivée au but, l’important, mais le cheminement qui permet de laisser au temps du temps pour l’introspection, la réflexion, la prise de conscience à condition de placer lentement un pied devant l’autre, "en prenant son temps" qui, de toute façon, avance inexorablement.
Agnès l’a bien compris. Elle vient de perdre son compagnon, la maladie l’a emporté (avant ou après leur fille ?) lui laissant comme seul héritage le livre d’un célèbre inconnu, qu’il a lu jusqu’à épuisement total et dont elle lui faisait lecture quand il ne pouvait plus le tenir.
Ce livre des derniers instants, de tout une vie, elle veut le déposer quelque part. Elle a découvert le lieu idéal sur Internet (1) : "Le Musée des relations rompues", un endroit magique où chacun peut déposer les lambeaux de sa vie brisée, il se trouve en Croatie, à Zagreb, « Il y a de tout, du banal, du quotidien, du beau, du drôle, du terrible, du tragique. La vie. »
Mais pour atteindre Zagreb, Agnès va prendre le chemin des écoliers, en bus, lentement, avec de nombreux arrêts, avec des points souvenirs, avec des lieux mémoires… À Trieste, « J’ai hâte d’arriver et de sentir la mer au bord de la piazza de l’Unita, de regarder les bateaux et de m’asseoir sur un banc sans bouger. Avec toi, Guillaume. Et faire de nos blessures un royaume. »
Ailleurs c’est une méditation sur la présence de l’absent qui s’impose « Guillaume, terrien. Moi le vent, le feu. L’embrasement. Nos sauvageries. Tes mains, comme des oiseaux envolés. […] D’une journée banale qui m’ennuyait à périr, où j’étais toujours en quête d’un battement de cœur supplémentaire, tu faisais une constellation d’instants et de couleurs. »
Enfin, Zagreb, le Musée… se dépouiller des dernières attaches… et pouvoir, qui sait, repartir vers de nouveaux horizons…
Nota :
(1) https://www.croatietourisme.com/villes-touristiques-de-croatie/zagreb/musee-des-relations-rompues/
« Un drôle de nom pour un drôle de lieu. Le Musée des relations rompues (ou brisées) de Zagreb est un lieu dédié aux relations amoureuses qui finissent mal.
D’abord itinérante, l’exposition initiée par deux artistes sous forme de boutade s’est finalement définitivement installée dans la capitale croate. Après un tour du monde et plus de 200 000 visiteurs accueillis, les créateurs ont posé leurs valises et les objets de leur collection dans la ville haute de Zagreb.
Boudé par les Croates, le musée plaît aux vacanciers. À noter que ce musée a reçu le prix Kenneth Hudson récompensant le musée le plus innovant d’Europe en 2011.
Le contenu du musée rassemble des objets sentimentaux et des témoignages d’amoureux déçus. La collection provient principalement de dons faits par un des conjoints de couples séparés. Il n’y a donc pas d’intérêt historique ou culturel majeur. Par contre, le musée incite à la réflexion et force à porter un regard critique sur les relations humaines. Les nombreuses histoires qui entourent les objets montrent à quel point les événements et le contexte (culturel, politique, social) jouent un rôle important dans la vie amoureuse et la survie des couples.
Souvent anecdotiques et banals, les objets exposés racontent chacun une histoire qui nous plonge dans l’intimité d’un couple. Ils sont souvent fascinants, émouvants et ne laissent personne indifférent… D’une certaine manière, chacun en profite pour se remémorer ses propres histoires et s’identifier aux personnes et objets lui rappelant des souvenirs. »
(2) https://www.radiofrance.fr/franceculture/l-emotion-coeur-du-musee-des-relations-rompues-a-zagreb-5987295
« Dans le musée de Zagreb ce qui va être exploité, c’est La dimension culturelle des émotions. Le fait que je m’y reconnaisse. Au final, c’est une certaine vision européenne de l’amour qui va être exposée dans ce musée et partagée à partir de ce que l’on dit des objets présentés. »
« Ce projet a été confronté à diverses critiques. Quand on l'a exposé pour la première fois en tant qu'installation artistique, on nous a dits : "ce n'est pas vraiment de l'art, ce n'est pas vraiment un musée, on ne sait pas trop de quoi on parle..." Je pense que cette impossibilité à le cerner, à le mettre dans un tiroir, c'est justement là que son pouvoir se cache." » - Olinka Vištica (cofondatrice du musée)