À la lecture de Deep End, le‧a lecteur‧ice fidèle n’est ni déboussolé‧e ni ennuyé‧e car iel retrouve tous les signes et tropes hazelwoodiens habituels, agencés selon une nouvelle configuration. Ce n’est donc pas un nouveau ennemies-to-lovers entre Scarlett et Lukas, mais un amour impossible car Lukas est l’ex de Pénélope, qui devient au fil du roman la meilleure amie de Scarlett. Et ce n’est pas non plus un banal triangle amoureux car Deep End se concentre sur la psyché de Scarlett davantage que sur l’histoire d’amour : championne de plongeon, Scarlett s’est blessée et souffre depuis de troubles de l’anxiété et d’un manque de confiance en elle, qui viennent percuter ses daddy et trust issues, et sa peur des hommes. Tout ça saupoudré de kinks BDSM de soumission. Évacuons le sujet tout de suite : oui, il y a pas mal de smut, oui c’est explicite, oui ce sont des jeux de pouvoir avec la femme soumise à l’homme, non ce n’est pas caricatural (ni politiquement, ni psychologiquement), et plutôt joué finement.
Ce qui m’a intéressé, c’est le parcours de Scarlett qui résout peu à peu ses blocages (également liés à la compétition à haut niveau) grâce à l’amour qu’elle reçoit de Lukas, certes, mais aussi grâce à la relation d’amitié qu’elle développe avec Pénélope. C’est le premier roman d’Hazelwood où, il me semble, la meilleure amie n’est pas un personnage d’alliée donné d’emblée, mais un véritable enjeu narratif. Pour emmener le tout et garder l’attention sur plus de 500 pages, Hazelwood déploie à nouveau son talent de narratrice (et n’hésite pas à insérer des chapitres très courts pour les besoins du rythme et de la structure) et son humour, distillé avec soin aux bons endroits. Je n’ai pas tout compris aux compétitions de plongeon et de natation universitaires américaines, mais ce n’est pas vraiment le sujet et j’ai l’impression qu’elle s’en fout aussi. Si les personnages sont jeunes (autour de 21 ans), les enjeux psychologiques ne sont plus exactement ceux de la littérature jeunesse qu’elle mobilisait dans ses romans précédents, auxquels il est fait discrètement allusion : j’y vois une marque de sérénité et de confiance en son écriture. Deep End ne révolutionne ni la littérature, ni la romance, mais c’est un excellent produit sériel qui se démarque de la concurrence, et des autres livres de l’autrice : vivement le prochain.