Récit initiatique, Demian narre la jeunesse d'Emile Sinclair, enfant irréprochable et de bonne famille, qui découvre "l'autre monde", celui qui n'est pas lumineux, propre et ordonné. Mensonges, questionnements, errements, égarements, fantasmes, rébellions, apprentissages. Max Demian, son mentor, va lui apprendre à s'affranchir des codes de la morale et à rechercher (ou construire ?) son vrai soi.
Le récit est relativement prenant et l'écriture fluide. On se plait à suivre l'histoire de Sinclair en révolte contre le monde et contre lui-même, puis à la recherche de lui-même. Une certaine place est laissée à l'ésotérisme, qui semble être un des moyens donnés à Sinclair pour "se dégager de l'œuf". A compter du chapitre "Eve", cet ésotérisme prend toutefois une dimension inutile, presque ridicule. Alors même que Sinclair et Demian ne s'y intéressaient a priori que d'un point de vue philosophique, comme un moyen (à l'inverse de ceux qu'ils côtoient), voilà qu'il en devient presque une finalité. Quant à la fameuse "marque" qui paraissait jusqu'alors métaphorique devient une sorte de véritable signe porté par une caste d'"élus". Ce qui semble être à l'opposé du propos initial proposé par Hesse. Mais le ridicule atteint son paroxysme avec "l'appel" à Eve, qui à mon sens dénote complétement avec le ton du reste du roman. Le final dans son ensemble est plutôt réussi, mais surchargé par des éléments inutiles voire ridicules.
Ceci dit, Demian est loin d'être un mauvais roman, c'est même plutôt bon à vrai dire, mais la tournure qu'il finit par prendre lui donne une certaine incohérence et le rend déstabilisant (oserais je dire risible) à certains égards. Comme une impression de manuscrit inachevé. Peut-être suis-je passé à côté d'une partie du message véhiculé par Hesse, mais j'ai comme l'impression que ce roman aurait du être bien meilleur.