Un roman peu académique, qui contient une histoire d’amour, mais panachée de nombreuses pensées, de réflexions, de souvenirs et de nostalgie ou de regret sur le temps qui passe.


Revenons sur l’histoire d’amour : elle était trop parfaite pour durer. La passion que partage les deux étudiants ne fera pas long feu, avec à la clé une séparation juste avant leur mariage. Quarante ans plus, tard, le narrateur et son ami sont toujours en lien. Constatant que le fiancé éconduit est toujours amoureux de la belle qui l’a abandonné, Julian a l’idée saugrenue de les mettre à nouveau en lien ! Fausse bonne idée ? 


Donc en marge de ce fil rouge autour d’un amour impossible, Julian Barnes nous offre là une sorte de testament : conscient de vivre ses dernières années (l’âge et la maladie sont des indices fiables et irrévocables), il nous confie ses pensées intimes, sur des sujets pas forcément réjouissants, mais la plume et l’humour délicat dont il a toujours sur faire preuve sont là pour alléger le propos. 


Il ne s’agit pas non plus d’un apitoiement sur son sort. Les exemples sont souvent pris dans d’autres histoires. Comme celle de Virginia Torrecilla, victime d’une double peine. Ainsi dans ce contexte surgissent les interrogations : 


« Je ne pouvais pas comprendre pourquoi cela arrivait alors que je n’ai jamais été une mauvaise personne »

« Beaucoup de personnes ont le même sentiment, croyant que la vie est, ou devrait être , équitable, en dépit de toutes les preuves du contraire » 

Bien sûr, l’écriture, la littérature ne seront pas oubliées. Faisant référence à un auteur interviewé pour son dernier roman, celui ci déclare que : 


« La forme romanesque avait atteint un état de plénitude, et par conséquent d'achèvement, pendant une cinquantaine d'années, dans la seconde moitié du XIXe siècle. Fiction écrite. Ensuite, a-t-il ajouté, n'était plus rien qu'une « pâle imitation »  de ce qui avait été fait. »

C’est à cette occasion que Julian déclare que 


« Ceci sera sans doute mon dernier livre, mon départ officiel »

 (l’un des départ(s)  annoncés dans le titre !) 


Tout au long du texte, nous serons aussi pris à témoin sur l’évanescence et la trahison de la mémoire, et la vanité de nos ambitions. 



« Pourquoi le cerveau fait-il cela ? , nous oblige-t-il à traquer un nom que nous connaissons depuis longtemps, dans d'obscurs circuits neuronaux souvent bouchés. D’où ces moments d'embarras et d'excuses mensongères ( « pardon, sans mes lunettes… »), – nous forçant à recourir à des tactiques défensives, comme celle qui consiste à inventer des moyens mnémotechniques, que nous pouvons aussi oublier. Et pourquoi le cerveau est-il à ce point sans discernement, effaçant indifféremment les noms d'amis et d’ennemis ? Pourquoi ne pas nous laisser oublier ce dont nous avons guère besoin, et que nous ne serons pas mécontent de ne pas nous voir rappeler ? « 

Tel un état des lieux dans un logement que l’on veut laisser irréprochable pour les prochains occupants, Julian Barnes tire sa révérence, avec panache. Reste pour ses lecteurs le mince espoir que, revenant sur ce qui n’est pas une promesse mais une hypothèse, il nous gratifiera d’un ultime opus


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le 25 févr. 2026

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