Des aveugles
7.3
Des aveugles

livre de Hervé Guibert (1985)

On ressort de la lecture Des Aveugles quelque peu décontenancé... On ne sait pas bien où l'auteur a voulu nous conduire. Il semble évident qu'il s'est d'abord attelé à un exercice de style : écrire sans vision. Les couleurs sont des instruments, les senteurs deviennent chairs, les sons deviennent espaces. Mais, très vite, l'auteur semble plus ou moins abandonner cet exercice pour se concentrer sur la vie de l'institut dans lequel Josette et Robert vivent : son architecture, le mode de vie, la communauté. Et alors, l'exercice de style devient documentaire.

Puis le roman commence, et le documentaire devient histoire d'amour, entre Robert et Josette. Et ici, très clairement, Guibert n'excelle pas : c'est plat, désincarné, presque acre. A croire que les aveugles sont par nature dépourvus de véritables émotions, comme de courtoisie, dans son imagination.

Puis vient Taillegueure, et l'histoire d'amour prend une tournure nouvelle : sexuelle, violente, cryptique. On est proche du thriller, mais déjà, il ne reste que 40 pages au récit. On se demande où on va. On enchaîne les descriptions sexuelles, puis les dialogues faussement poétiques, faussement profonds, réellement ridicules. On sent ici un Guibert qui semble se cogner à la limite de ses capacités littéraires. On s'ennuie presque. Heureusement, c'est plus ou moins la fin du roman.

Roman qui se termine, d'ailleurs, par deux pages que je n'ai, personnellement, pas comprises. Guibert semble s'essayer, à nouveau, au cryptique sans faire mouche. N'hésitez pas à m'aiguiller si vous avez une interprétation convaincante.

Pourquoi tout de même la moyenne, alors ? Pour la tentative du début, qui revient, parfois, de ci, de là, d'écrire sans compter sur la vue, de décrire les odeurs, les sons, les touchers et les goûts. C'est un exercice loin d'être évident, qu'on peut retrouver avec élégance dans Une Gourmandise, de Muriel Barbery. Et, à ce jeu là, Guibert est bon, intéressant et inspiré. Il aurait du s'en tenir à cette inspiration, et ne pas aller plus loin. Pour l'idée, et la réalisation du début, cela peut mériter la moyenne me semble-t-il.

Steino
5
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le 2 janv. 2026

Critique lue 6 fois

Steino

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