Un roman rare qui ne se lit pas d'une traite mais qui se déguste lentement. Il est capricieux, il faut le dompter mais une fois apprivoisé, il vous livrera ses secrets et vous captivera avec force.
Duma Key est une île a la fois vénéneuse et envoûtante, merveilleuse et dangereuse, lieu d'exaltation et de créativité ;
il ne fait cependant pas bon y résider...
À la lisière du fantastique, à la manière d'un "Coeurs perdus en Atlantide", mais d'une densité rare dans la narration des rapports humains, Stephen King s'attarde plus sur ses personnages que sur l'action.
"La vie entraîne des changements dont les résultats sont parfois explosifs, mais dans les feuilletons comme dans la vie, les big-bangs ont parfois une longue mise à feu."
Il ne se passe d'ailleurs pas grand chose dans "Duma Key", juste un léger souffle d'horreur qui va picoter votre échine, et pourtant l'auteur nous transporte dans un univers crédible, très terre à terre. Il nous décrit avec talent des relations humaines d'un réalisme saisissant.
"Sur quoi, elle se mit à pleurer. Elle se moucha, puis me prit par surprise en se mettant à rire. Un rire où il y avait à la fois de l'amertume et de la bonne humeur. "Est-ce que tu vas perdre un jour ce talent que tu as de me faire pleurer ?"
On s'attache aux personnages, on rit, on pleure, on ressent, on respire comme eux et avec eux. La relation père/fille est particulièrement et somptueusement décrite. Le père présent en filigrane en chacun d'entre nous se plaira à rêver de cette fusion parfaite.
L'autre clé de ce livre est la formidable amitié qui unit Freemantle (le personnage principal) à Wireman, l'homme pittoresque aux multiples et fascinantes facettes. Leurs échanges sont savoureux, leurs conversations enivrantes et leurs silences complices. Comme à son habitude, le King nous concocte des personnages plus vrais que nature auquel on s'identifie immédiatement.
King nous délivre un grand roman, puissant et vigoureux avec une maîtrise totale de son sujet. Du bel ouvrage tout simplement.
On quittera Duma Key avec tristesse mais avec plein d'images soyeuses dans la tête...
4/5
http://cestcontagieux.com/2016/01/24/duma-key-de-stephen-king-la-chronique-fantomatique/