Marie s’éteint dans un monde qui n’est plus tout à fait le sien, un monde qui, depuis 1912, l’année de sa naissance, s’est métamorphosé au point de lui devenir étranger. Elle a observé de loin les grandes révolutions technologiques, politiques et idéologiques. Elle aurait voulu garder la même distance avec les guerres.
Dans Entre toutes, Franck Bouysse retrace l’existence de Marie et de sa mère Anna, deux femmes que le destin avait placées à la tête de leur ferme, deux femmes rendues libres malgré elles. Car cette liberté imposée, elles ne l’avaient ni désirée, ni même pressentie ; elles l’avaient pourtant assumée avec une force et une dignité singulières. Leur vie fut une lutte patiente, où rien n’était jamais donné, rien jamais acquis.
Ce récit est à la fois hommage et reconnaissance : hommage pudique et vibrant d’un petit-fils à sa grand-mère humble, mais aussi reconnaissance envers toute une génération de femmes qui ont porté le monde en silence, sans se mettre en avant. La beauté de l’écriture de Franck Bouysse réside dans sa sobriété : point d’effets de style appuyés, mais une justesse et une délicatesse qui illuminent les gestes les plus simples, les douleurs comme les instants de grâce. Entre toutes s’impose ainsi comme une œuvre à la fois délicate et puissante.