L'éditrice présente ce roman comme une dystopie = "une société imaginaire régie par un pouvoir totalitaire ou idéologie néfaste, telle que la conçoit un auteur donné" (merci Larousse). C'est un récit de science fiction. Primo, la SF, ce n'est pas mon truc. Deuxio, euh, eh bien, il n'y a pas de deuxio, ni de tertio, parce que malgré mon primo, j'ai adoré ce bouquin. Ce roman qui associe aventures, destinée, personnages divers on ne peut plus tourmentés, questions philosophiques d'actualité, le tout mené sous une forme originale qui alterne les points de vue, et ajoute des extraits de livres (fictifs), des poésies subversives interdites, des articles de presse, des interviews, des extraits des divers règlements, m'a emballé dès le début jusqu'aux ultimes lignes.


La société que décrit Jaroslav Melnik semble lointaine et elle l'est, mais sous certains aspects, nous nous en approchons : "Notre espace proche nous a serrés dans son étau et nous a étouffés. Nous trouvons cette asphyxie délicieuse, telles les vapeurs de vins qui nous tournent la tête et nous plongent dans une détente désirable. [...] Nous vivons en parfaite symbiose avec nos radiophones, avec nos capteurs sur lesquels nous sommes complètement concentrés. Nous ne concevons notre vie que sous le joug de cette interférence. Mais qui sommes-nous en tant qu'individu ? Si nous avons perdu notre moi profond, comment pouvons-nous éprouver des sentiments pour une autre personne ?" (p.91/92) Les questions du sectarisme, du nationalisme, de l'exploitation de l'homme par l'homme, de la révolution, des plus riches -pas forcément pécuniairement- qui ne veulent pas partager la source de leur richesse, du pouvoir, du bonheur sont abordées sous l'angle philosophique, mais aussi sous l'aspect romanesque. D'autres questions se font jour également, concernant la technologie et son apport mais aussi sa part de déshumanisation de la société, la sécurité à tous prix et bien sûr la liberté et ce que l'homme est prêt à sacrifier pour l'obtenir.


Chacun pourra y trouver son compte, l'amateur de roman SF -ou pas-, l'amateur de roman philosophique, l'amateur de roman d'aventures (pour tous mes "amateurs" lisez aussi "amatrices", puisque ce roman n'est pas réservé aux garçons, son public serait trop restreint). Un -nouveau- très bon choix de la maison Agullo, formidablement traduit -autant que je puisse en juger, je ne parle pas le lituanien, car bien qu'Ukrainien, Jaroslav Melnik écrit en lituanien et en ukrainien- par Margarita Barakauskaité-Le Borgne. Mise en page et couvertures toujours très réussies, une sensation à coup sûr de cette rentrée littéraire.

YvesMabon
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le 29 sept. 2017

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Yv Pol

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