J'ai lu ce roman pour la première fois en 2016, et je l'ai tellement aimé que 4 ans plus tard, je m'y replonge avec délices, et l'impression de retrouver de vieux amis (et quelques ennemis). Je viens de dévorer à nouveau les 120 premières pages, et de me souvenir par la même occasion de la raison pour laquelle j'avais décidé de ralentir mon rythme de lecture en arrivant vers la fin : je ne voulais pas que ça se termine.
La langue de Sylvain Pattieu est belle sans être prétentieuse, ses phrases longues sans être lourdes, son vocabulaire précis sans être incompréhensible. Les multiples personnages sont tour à tour attachant.e.s et détestables (sans jamais être manichéen.ne.s), et sont suffisamment bien construit.e.s pour rester rapidement en mémoire et éviter au lecteur ou à la lectrice d'être perdu.e. Ayant étudié le roman "L'histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut" en prépa, j'en ai particulièrement apprécié la réécriture qu'en fait Pattieu, donnant la part belle à l'héroïne et lui rendant une voix que le roman de l'abbé Prévost lui refusait.
Le récit croise les destins de quatre navires (un négrier, un marchand, un militaire et un pirate), et fait de l'océan Atlantique un corps à part entière, traversé par des enjeux économiques cruciaux en cette époque de première mondialisation. Mais c'est un autre personnage qui émerge vers la moitié du roman : la piraterie elle-même. La formation d'historien de l'auteur apparaît de manière éclatante au travers de son analyse romancée de la piraterie comme véritable projet politique et social, et les comparaisons anachronistiques qui viennent régulièrement interrompre la narration font de ce fait du passé un sujet d'actualité, interrogeant notre rapport à la liberté, à l'autorité, aux rôles genrés, aux questions de racisme, etc.
C'est un petit bijou que ce livre, n'hésitez pas !