Voici un texte intéressant et qui a beaucoup parlé à mon petit cœur de néologiste !
Foodistan est un texte court, mais riche, extrêmement inventif en matière de langue.
Le récit se déroule dans un futur indéterminé, dans une France devenue le Foodistan après ce que les contemporains nomment : "la Faim du Monde".
Notre satiété capitaliste s'est effondrée, et ses classes sociales avec elle. Dans un monde qui s'est reconstruit sur les problématiques de subsistance, la satiété s'est réorganisée autour des régimes alimentaires (fort nombreux) : panivorisme, pastavorisme, et tant d'autres dont j'ai oublié le nom, chacun d'entre eux ayant développé sa propre culture, ses propres évolutions linguistiques et ses propres codes.
Et c'est là l'occasion pour Ketty Stewart de jouer avec la langue française et d'y inventer des mots, ou encore d'imaginer un nouveau vocabulaire empruntant au champ lexical de la nourriture pour construire son roman. La société devient ainsi "la satiété", la fin devient "la faim", on ne règle plus ses factures, on les "régale", on ne parle plus de préliminaires, mais de "mises en bouche", et ainsi de suite...
Nous découvrons cette satiété nouvelle par le biais du carnet de notes de Maëlle, une serrurière qui profite de ses déplacements professionnels pour enrichir le dit carnet de recettes de cuisine, d'impressions et réflexions sur le monde et de considérations diverses et variées sur l'art de la table.
On pourrait reprocher à Foodistan de ne pas avoir de réelle intrigue, ou plutôt le côté minimaliste de cette dernière, mais de mon point de vue, c'est passer à côté du texte.
Le plaisir à la lecture de ce texte réside clairement dans les ingrédients qui le compose : son inventivité linguistique, son amour passionné pour la cuisine (il y a de vraies recette dedans), et l'imagination débordante dont Ketty Stewart fait preuve pour créer de nouveaux régimes alimentaires et les coutumes qui les accompagnent.
Le groupe qui choisit de se nourrir à la perfusion tout en singeant des repas mondains en odorama, avec des enregistrements de bruits de couverts et de bouche m'a traumatisé ^^
On est dans une écriture plus intimiste (il s'agit de notes proches de celles d'un journal intime après tout), de l'ordre du moléculaire si je veux filer la métaphore culinaire.
Un met que j'ai pour ma part trouvé savoureux, et que j'invite à consommer sans modération.