Curieux roman que ce Francis Rissin, tant dans la forme que dans les thèmes abordés.
Pas facile de savoir comment apprécier et noter cette oeuvre : du positif pour l'originalité de la construction en onze chapitres/nouvelles aux styles et histoires variés (et encore, les différences de styles ne sont pas si marquées que ça, en définitive) mais bien évidemment subtilement intriqués par le fil rouge - ou plutôt l'affiche bleue - de Francis Rissin (dans le même genre, je conseillerais aussi - ou plutôt - Gloire de Daniel Kehlmann) et un certain suspense qui nous pousse, intrigués, à tourner les pages afin de lever les différents coins du voile de mystère qui dissimule cet insaisissable personnage-titre ; mais aussi du négatif pour l'ennui qui s'est à de nombreuses reprises installé et au final la question que je me suis posée : "Tout ça pour ça ?". Une indéniable inventivité et des qualités de narration, des références littéraires et une réflexion politico-sociologique certainement intelligentes et intéressantes... néanmoins un plaisir de lecture assez tiède dû à un peu de "trop" : peut-être pour commencer trop d'avis dithyrambiques - de libraires, de journalistes, d'auteurs - insérés en citations dans la version Pocket (des esprits chagrins pourraient y flairer une opération marketing bien orchestrée), en tout cas trop de pages (plus resserré, ce pavé en aurait sûrement été plus rythmé et percutant), et surtout trop de noms de personnages (que ceux-ci soient cités en entier ou juste par une initiale, ce qui d'ailleurs n'apporte pas grand chose) ainsi que beaucoup trop de noms de villages, hameaux, lieux-dits, rivières, collines, vallées, chemins, rues et placettes ; l'effet est bien sûr voulu, j'imagine, pour une plongée immersive dans ce que d'aucuns appellent la France profonde (et on doit tous se surprendre à un moment ou à un autre à penser "ah, je connais cet endroit, c'est fou !"), mais le procédé ô combien répétitif en devient lassant voire agaçant autant qu'artificiel, et parfois donne le sentiment de lire un bottin ou un manuel de géographie... voire d'écouter un célèbre sketch de Chevallier et Laspalès (l'humour en moins) !
L'expérience n'est pas inintéressante, ce roman habilement construit et atypique reste en tête... cependant réfléchissez avant de vous lancer dans les 670 pages de ce Francis Rissin, les différentes facettes de son existence (réelle ou hypothétique) peuvent captiver comme laisser à la longue perplexe et de marbre.