Christian Grataloup, agrégé de géographie et professeur d'université, a beaucoup écrit. Ce livre de près de 450 pages le confirme dans ses habitudes. Géohistoire part sur un concept reprenant ceux développés depuis des décennies par ce qu'on appelle la géopolitique, terme auquel celui de géohistoire est effectivement préférable. Le texte est enrichi d'un véritable atlas de 60 pages de cartes en couleurs issu d'un autre de ses ouvrages et placé au milieu du livre, ce qui est un très bonne idée en soi. S'y ajoutent plusieurs cartes en noir et blanc venant illustrer les chapitres.
L'ouvrage, sous-titré Une autre histoire des humains sur la Terre est très ambitieux, trop sans doute pour être écrit par une seule personne, et surtout en si peu de temps, car la Géohistoire de C. Grataloup touche à des domaines trop variés pour réussir dans ces conditions. Or, comme il nous en prévient au tout début du livre : "Ce récit historique que l'on va lire a été écrit par un géographe".
Il aurait sans doute effectivement mieux valu, étant donnée son ambition, qu'il fut écrit par un géographe ET historien. Faute de cela, on assiste à des concepts parfois novateurs mais flous ou mal assis, comme cette "Eufrasie" qui peut s'entendre sous un angle géopolitique eurocentré mais ni géographiquement (Afrasie est incontournable) ni historiquement puisque l'ensemble n'en est pas un culturellement, non plus qu'il puisse et doive être séparable en bloc de l'Amérique et de l'Australie. Certaines erreurs sont immédiatement visibles, comme sur cette carte montrant l'Italie du Sud incorporée à l'Empire ottoman, ou encore les colons scandinaves au Groenland qualifiés improprement de "vikings" ; mais d'autres hélas émaillent le récit et en déstabilisent les hypothèses abordées trop furtivement et pas très solides. Les lecteurs avisés déploreront notamment l'absence de références en bas de page et d'une bibliographie.
C'est que l'auteur souhaite incorporer une telle quantité d'éléments de civilisation humaine, de géographie physique et de savoirs naturalistes que les rassembler dans une synthèse concise de 450 pages sous la forme d'un récit tient de la gageure. Et ce malgré l'appui d'une cartographie esthétiquement plutôt au point.
Géohistoire intéressera les curieux de ce genre de représentation du monde, mais la dispersion, l'imprécision et parfois l'inexactitude des savoirs qu'il met en formes le disqualifient pour être un ouvrage de référence.