- Édition lue : publiée en avril 1974 aux éditions Folio. EAN : 9782070365678. La note n'inclut pas le paratexte intéressant de Léon-François Hoffmann.
Résumé
Bien des choses à analyser dans ce roman peu célèbre et imparfait, mais qui gagnerait à être plus décortiqué.
Détails (et spoilers)
Mondialement connu pour ses classiques de la littérature française, Alexandre Dumas est un auteur prolifique. Le fait que certaines de ces œuvres soient donc peu lues n'est pas si surprenant. Pourtant, Georges n'a rien de l'ouvrage anecdotique et oubliable. Bien qu'écrit avec un sens du drame et de la tragédie assez remarquable, ce n'est pourtant pas dans le domaine stylistique que Georges se démarque.
Ainsi, c'est davantage dans les sujets qu'il évoque et dans les liens avec la vie de l'auteur que ce récit prend un intérêt particulier. En évoquant l'ile de France (actuelle île Maurice) au XIXème siècle, Alexandre Dumas ne peut faire l'impasse sur ce que l'on ne nomme pas encore le racisme des colons, et sur la situation singulière des mulâtres, par le biais de la famille Munier.
L'auteur, lui-même assigné à cette forme de racialisation hybride, dont le terme métisse édulcore quelque peu la sentence, s'attarde ici sur le statut de ceux qui ne se considèrent ni Blanc ni Noir. Par conséquent, ce postulat fait de Georges un personnage profondément ambigu, et du roman éponyme un récit équivoque.
Car si Dumas fils dénonce le mépris raciste des Blancs, il vante parfois, par le biais de ses personnages, une vision méliorative d'un esclavage humanisant, sans crainte de l'oxymore. Dès lors Georges/Dumas fait office de point d'équilibre entre un esclavagisme abject et un antiesclavagisme total qui n'est pas d'actualité ici. Les personnages de Jacques et Pierre Munier viendront complexifier le tableau en apportant des nuances dans la manière de vivre sa "négritude", faisant de ces passages l'une des dimensions les plus pertinentes du roman. Et cela viendra justifier la sensation étrange qui ressort d'une lecture pouvant être passionnante dans sa critique du mépris colonial et d'une forme de proto racisme, mais qui achoppe trop souvent sur une mise en scène essentialisante des Noirs mauriciens. Comme en témoigne le terrible épisode de la révolte ratée du fait de l'addiction alcoolique des masses noires dominées.
Regrettables, ces passages que l'on peut aujourd'hui qualifié de négrophobes ne permettent toutefois pas de rejeter d'un bloc un texte qui est révélateur de l'humanisme à géométrie variable de certains penseurs de l'époque. Point de vue qui n'est pas sans rappeler des positionnements politiques encore d'actualité en ce début de XXIème siècle. En effet, comment ne pas voir dans la position de Dumas la même logique que dans celle tenue par les antiracistes d'opérette qui défendent seulement le "bon" immigré, "intégré" et "discret". En somme le mulâtre de Dumas n'est-il pas un personnage essentiel pour comprendre le mythe intégrationniste d'une France raciste qui se persuade pourtant d'incarner le contraire ?
6.25/10.