Germinal, le monument dressé par Zola aux damnés de la terre. A la lumière de sa plume, empathique mais sans complaisance, il nous fait descendre dans les entrailles de la terre pour nous ouvrir les yeux sur les sacrifices humains sur lesquels est construit le capitalisme industriel. On endure la fournaise de la mine, la lutte sans cesse recommencée pour répondre à la "nécessité du ventre" et trouver du pain, les chairs suppliciées. On s'indigne devant l'exploitation dans l'exploitation, celle du corps des femmes, monnaie d'échange et de revanche, l'indifférence douillette des actionnaires, la voracité insensible de la Compagnie. On admire aussi le courage et la camaraderie des mineurs et leur combat à mort pour la dignité. Pourtant, malgré le désenchantement des misérables et le désabusement perceptible de Zola face à la nature humaine, c'est sur la force créatrice de la révolte et les graines d'espoir qu'elle s'apprête à faire germer qu'il choisit de clore son oeuvre magistrale.