Ce livre a le mérite de me faire d'autant plus apprécier la série et ses qualités, parce que c'est quand même bien claqué au sol ! Je n'avais jamais lu de romance (allez si, le premier tome de Fifty Shades of Grey, pour la hate), mais la série a piqué ma curiosité. Généralement, je trouve les adaptations de livre en série (ou film) moins bonnes : trop littérales, dans le survol, avec des pans entiers de psychologie et d'allusions qu'on perd. Ici c'est tout l'inverse, et si j'avais lu ce roman sans avoir vu la série, j'aurai trouvé cette lecture pauvre et même souvent ridicule (minus quelques scènes un peu mignonnes). Tout est improbable et télescopé, visuel à l'excès sans se préoccuper de créer une tension, une atmosphère. Heureusement, j'avais en tête le développement des personnages dans la série, donc ça m'a apporté un soutien dans ma compréhension des évènements du livre. Sans cette béquille, ça n'est qu'une lecture fonctionnelle, destinée à émoustiller la femme hétéro, sans aucune force littéraire. Et à la rigueur c'est OK, je fais le vœu de lire plus de textes satisfaisants, sans rechercher à tout intellectualiser à tout prix. Relire de la young adult bien faite, de la romance bien faite aussi, pourquoi pas. Mais là ça n'est qu'une succession d'actions et de réflexions bas du front.
Pour moi le seul mérite de ce genre de roman gay, c'est de nous offrir à nous les femmes hétéros, un espace de liberté psychologique pour apprécier des dynamiques de désir et de pouvoir, sans le poids des filtres hétéronormés qu'on applique désormais partout. Ca m'a fait réaliser que si la romance gay était un si grand pan de la romance, c'était parce qu'elle était utile. Qu'elle permettait à tout un tas de femmes de vivre par procuration une intensité émotionnelle qu'elles se refusent, inhibées par les discours féministes contemporains. A deux doigts d'avoir l'air d'être une tradwife quand je dis ça, j'en ai bien conscience, mais c'est presque quelque chose de tabou je trouve dans les milieux féministes : lâcher les chevaux, reconnecter avec une forme de lâcher-prise, de sensualité brute, sans arrière pensée, sans lecture politique... c'est ça aussi la romance gay, ce qui est paradoxalement très incongru car les amours lgbt sont (malheureusement) très politiques. Donc j'ai consommé de l'appropriation sexuelle, c'était divertissant sans être renversant, et je suis ébaubie de voir qu'une si jolie série aie pu naître de cette romance un peu bêbête.