C'est divertissant, mais pas bouleversifiant. Des bonnes trouvailles de style, de formulation de phrases, mais rien qui scotche ou aspire vraiment dans l'histoire. On reste spectateur, un peu amusé, un peu éberlué de voir cette femme - et son mari - s'être autant enfermés dans une vie insipide, cadrée, étouffante, grise.
Intéressant comme l'écriture est un chouia différente entre les passages écrits par Eva-Lena : pendant qu'elle s'emmerde dans son local, après avoir passé des longues minutes (heures?) à tout ranger, tout nettoyer, à lire 2-3 fois la notice de l'imprimante, elle trouve du papier (évidemment) et un stylo, et se met à se "défouler". Raconte son mal être face à sa fonction de prof, s'auto-critique par rapport à des situations qu'elle n'a pas su gérer vraiment (la crise d'épilepsie d'un élève, la rébellion d'un autre, l'enfermement d'une fille dans les toilettes... etc...). Parties écrites à la première personne du singulier, et plus tournées vers elle, vers une sorte de révélation progressive de sa vie mal gérée.
Et des parties à la troisième personne où l'auteur raconte la petite vie d'Eva-Lena et de son entourage. Et qui retrace les évènements qui l'ont conduite jusqu'à cet enfermement.
On entre un peu plus dans la vie des autres aussi.
Des vies vraiment glauques de quotidien foutu. Seul même entouré. Et qui ne communique presque plus.
Y'a bien Aurora, oui, qui est un peu flamboyante, mais on sent bien que c'est aussi une sorte de miroir déformant qui perturbe Eva-Lena, va probablement la bousculer un peu.
Ça doit être un bouquin qui pourrait bien faire sourire et rappeler plein de choses aux profs (quand elle parle de sa correction de copies ou quand elle parle de ses élèves un peu barrés).
Pas d'une grande originalité donc, mais très distrayant. Cette femme complètement rigide confrontée au minima, c'est parfois hilarant - et triste. Enfin, c'est surtout pince-sans-rire. Mais c'est bien fait, ni trop peu, ni pas assez. Savamment dosé entre le pathétique, le drôle et le tendre.
J'aime bien ses phrases courtes, qui en disent beaucoup. Qui se suffisent à elles-même de force de suggestion. Ça donne un vrai rythme parfait au livre.