On le sait dès le départ : Theresa est morte, sauvagement assassinée. On saura très rapidement par qui. Ce qui est plus complexe c’est pourquoi.
L’intrigue prend place dans un quartier plutôt favorisé, avec ses maisons coquettes, d’ailleurs celle où a eu lieu le crime a le droit à un chapitre, qui semble destiné à l’excuser, à retirer le moindre doute de sa culpabilité. Après un rapide résumé de la vie de Theresa (dans un film on verrait sans doute le tableau en accéléré avec des effets spéciaux de morphing), chaque personnage est tout à tour sur la sellette, analysé dans son histoire.
C’est ainsi que l’on apprend que dans leurs maisons jumelles et voisines, Jackie et Theresa étaient amies. De vrais amies qui se confient jusqu’au moindre détail de leur intimité. Ainsi Theresa était bien au fait des troubles du comportement alimentaire de Jackie, et a largement contribué à la thérapie, réussie, de cette femme qui était devenue obèse à fort de combler le manque par la nourriture. Mais l’allègement du corps a fait surgir d’autres démons. Car la faim porte beaucoup de noms : solitude, ennui, angoisse, traumatisme. Tous ces sentiments sont une faim en quête de satisfaction.Les maris et leurs désillusions, les gamins, Cece la, fille de Theresa, et les quatre garçons de Jackie, tout ce petit monde passe au crible. Parmi eux, se démarque l’ainé de Jackie, Douglas, dont le comportement est d’emblée inquiétant. Pas d’enquête, hormis l’officielle, vite résolue, les faits sont probants.
Pas de triturage de neurones pour le lecteur, donc. On est plus dans l’analyse psychologique des prémisses d’un drame annoncé. Mais aussi dans ses conséquences ultérieures, puisque l’on découvrira l’évolution de ces familles blessées, détruites, même par l’irruption de cette violence dans leur vie, et par les retombées médiatiques qui ne cessent de se renouveler, corroborées à l’appétence des foules pour les true crimes.
La construction un peu chaotique est compensée par la finesse de l’analyse psychologique de personnages et du contexte social. C’est important car la compréhension du meurtre si brutal surgira d’une explication aussi banale que passée inaperçue dans fle lot des névroses familiales ordinaires. Un roman noir, que l’on ne peut qualifier de thriller car tout est dit dès les premiers chapitres, ni de polar car l’enquête est une formalité.
Roman noir donc à composante socio-psychologique, qui se lit avec fébrilité.