Il n’est pas aisé d’entrer dans ce livre de Daoud. Le sujet, d’abord : de quoi parle-t-on, à qui ? La quatrième de couverture est là pour nous aider. Un livre est un tout.
L’Algérie, ensuite, sa complexité. Le sujet du livre, et puis vient la compréhension. Non pas de l’histoire, mais de ce que Daoud recherche. Sa manière d’écrire. Oui, le style, car ici il n’est point de roman. Il n’est d’ailleurs pas intéressant. Gageons que dans dix, quinze ans, voire moins, d’aucuns jetteront aux opprobres cette appropriation meurtrière. Quoi, un homme parle d’avortement ?
Ce livre s'écoute. Éponyme. Il est une voix intérieure. Celle perdue de la narratrice.
Je m'appelle Aube. Fajr dans la langue extérieure. Aube dans la langue intérieure.
Et puis l'on comprend. Non pas le livre mais qu'il sera difficile de ne pas l'aimer. Nous ne pouvons pas y échapper. Nous sommes attirés et pourtant rien n'y fait, l'attraction d'un aimant ou les deux se repoussent, s'attirent. Les pages se succédent. Les jours passent. La monotonie d'un quotidien et nous pensons à ce livre. Mais qu'en penser finalement. Car tout n'est que littérature disait l'autre. Mais alors à quoi bon ? Deviendrais-je épicurien ? Possible. Tout comme la possibilité que ce soit juste la fatigue d'une vie qui ponde ces mots.
Aube est face à son destin. Son histoire liée à celle de son pays. Le parallèle avec Daoud est saisissant. Le mot est mal choisi. Parlons plutôt d'une évidence.
Le destin, encore, fait qu'il faut noter ce livre. La note pourrait être de 5 comme de 8. Peu importe puisque cette critique n'en est pas une. Ce n'est qu'un sentiment. Et c'est ce que Daoud recherchait, simplement.
La lecture se referme. Ses pensées saccagées et saccadées étaient-elles utiles ? Sûrement pas. Mais un dernier sentiment émerge. Nous souviendrons-nous où nous étions pendant la lecture de ce livre. Dans 40-50 ans pour les plus jeunes d'entre nous. Peu importe mais les contemporains du Goncourt 2024 auront au moins une chance qu'ils ne sauront jamais. Celle d'avoir vécu à une époque sans le savoir où tel un Camus, un auteur né en Algérie aura changé le cours de la littérature française par l'écriture d'un livre d'une puissance inextricable.