Prix Goncourt, traitant de la guerre civile algérienne des années 90 et de la place de la femme dans cette société, le livre avait, sur le papier, tout pour séduire.
Le sujet est sensible, presque inconfortable. Moins glorieux que le récit de la libération face à la colonisation, il renvoie à une période où un pays s’est déchiré lui-même. Entre mémoire empêchée et volonté de réconciliation, le sujet reste brûlant, encore mal digéré, aussi bien pour les victimes que pour les bourreaux.
Le récit suit une femme muette, survivante de cette décennie de violence, qui s’adresse à sa Houri, à la fois figure céleste et nom donné à cet enfant qu’elle porte et qu’elle ne veut pas voir naître. À travers cette adresse, elle développe une vision du monde profondément sombre, où naître femme dans ce pays relève presque de l’impasse, tant les contraintes sociales, culturelles et symboliques pèsent encore lourdement.
Nous sommes alors entraînés dans une forme de quête nihiliste, familière dans ce type de récit. L’horreur s’accumule, scène après scène, jusqu’à ce que, presque mécaniquement, la vie finisse par s’imposer. Le schéma est connu, presque attendu, et peine à surprendre.
Mais ce qui dérange davantage, c’est la manière dont cette histoire est racontée. Le récit adopte une construction fragmentée, presque labyrinthique, multipliant les détours, les récits secondaires, les variations de point de vue. L’intention d’élargir le regard est évidente, mais elle se heurte à une impression de redondance. Les mêmes idées reviennent, martelées, comme si le texte cherchait moins à faire comprendre qu’à convaincre.
À cela s’ajoute une tonalité victimaire parfois trop appuyée, qui tend à figer les rôles plutôt qu’à les interroger. Là où l’on attendrait une exploration plus nuancée des comportements humains, le récit semble parfois se refermer sur une forme de posture. Le personnage principal, lui, paraît évoluer dans une logique presque sacrificielle, comme attiré par la provocation et, en creux, par une forme de disparition.
On peut se demander si ce choix est pleinement maîtrisé ou s’il contribue, malgré lui, à rendre la lecture plus pesante. Car si le propos est fort, nécessaire même, son traitement finit par alourdir l’ensemble et rendre l’expérience de lecture parfois éprouvante, non pas par ce qu’elle raconte, mais par la manière dont elle insiste.
Un livre important par son sujet, mais dont l’exécution laisse une impression plus contrastée, entre puissance du propos et fatigue du récit.