Livre après livre, avec des sujets différents, qui vont de l’Antiquité romaine (*Spartacus*) à l’époque contemporaine (*Croisade apocalyptique*, *Histoire du loser devenu gourou*, *Sucess story*), Romain Ternaux construit un univers romanesque drolatique et satirique. Dans son dernier ouvrage, comme à l’accoutumée, les rebondissements sont nombreux (on peut parler d’esthétique de la surprise) : il est difficile le lâcher le livre une fois qu’on l’a ouvert. Le lecteur a envie de connaître la suite, qu’il a du mal à prévoir, et il se laisse prendre par les trouvailles stylistiques. Au détour d’un de ces nombreux et savoureux rebondissements, le narrateur – les romans de Romain Ternaux sont toujours écrits à la première personne – jugeant la situation dans laquelle il se trouve embourbé écrit qu’il a l’impression d’être dans une série B. Tout juste, comme dans les autres romans, mais une nuance s’impose. Les vraies séries B du siècle dernier se prennent au sérieux, par exemple les peplums, à l’exception, évidemment du *Spartacus* de Kubrick (est-ce d’ailleurs un peplum ?). Le rire vient de la maladresse et de l’invraisemblance du film (les films d’horreur des années 1960) ou du roman (par exemple les romans feel good), involontaires. Dans les romans de Romain Ternaux le rire vient de l’outrance caricaturale, voulue et bien calculée. Et ce rire, s’il est parfois de pur divertissement, a aussi une fonction satirique, comme chez Rabelais. Les cibles sont cette fois les marchands d’art, prêts à tout pour de l’argent, les artistes « branchés », leurs œuvres contestables (tableaux et installations) et leur public bobo, ainsi que … la mafia roumaine (on voyage). On rejoint le roman d’aventures, voire d’espionnage (la DGSE est là). Ce roman est également un roman d’horreur, qui reprend les topoi du genre (servieurs inquiétants, population effrayée, château de Barbec, avatar de Dracula) et un roman fantastique. Le mystérieux carnet de l’ancêtre, avec son effet de mise en abyme, fait penser au talisman de La Peau de chagrin de Balzac. Le lecteur oscille entre le doute et la certitude. Ouverte, la fin relève bien du genre : le lecteur se demande ce qui va arriver : « Je me recroqueville sur le sol et mes doigts palpent un livre. C’est le carnet à dessins de mon ancêtre. Dans un sursaut de désespoir, je l’ouvre à une page au hasard, illustrée au pinceau : dans une maison à étage, un enfant s’est caché sous son lit. Un monstre gigantesque sourit et monte l’escalier. Il précède une foule de vampires. » 9/10